Un Eléphant dans mon carburateur | home
Politesse
Lorsqu'on travaille en Afrique, on est embarassé, génè, humilié par le comportement des touristes, parfois des résidents.
La politesse en Afrique a des règles bien précises. Elles ne sont pas bien différentes de celles du monde Européen.
Alors en lisant ce livre j'ai été ému.
C'est un roman qui prétend être policier, mais c'est un roman sur l'Afrique.
Je souhaite partager avec vous.
Alexander McCall Smith vit aujourd'hui à Edimbourg.
Il est membre du Comité de bioéthique de l'UNESCO
Ceci est la dernière page de ce livre.
Alexander McCall Smith
Les larmes de la girafe
Tous burent le thé en silence, n'échangeant que des regards. Le garçon avait un cadeau pour sa grand-mère, une petite stéatite qu'il avait sculptée lui-même. Elle la prit et embrassa l'enfant comme l'eût fait n'importe quelle grand-mère.
Mma Ramotswe avait elle aussi un cadeau pour l'Américaine, un panier acheté en revenant de Bulawayo, sur une impulsion, à une femme assise au bord de la route à Francistown. La femme était très pauvre et c'était pour l'aider que Mma Ramotswe, qui n'en avait aucun besoin, avait fait l'acquisition du panier. Celui-ci était fabriqué dans le style traditionnel du Botswana, avec un motif dans le tressage.
Ces petites marques, là, ce sont des larmes, expliqua-t-elle. La girafe donne ses larmes aux femmes et celles-ci les incluent dans le panier.
L'Américaine accepta l'objet les deux mains tendues, conformément aux règles de politesse Batswana. Il était indécent de saisir un cadeau d'une main, comme si on l'arrachait à celui qui l'offrait ! Cette femme n'avait pas cette insolence.
Vous êtes très gentille, Mma, dit-elle. Mais pourquoi la girafe donne-t-elle ses larmes'?
Mma Ramotswe haussa les épaules. Elle n'avait jamais réfléchi à la question.
Je suppose que cela signifie que nous pouvons tous donner quelque chose, répondit-elle. Une girafe n'a que cela à offrir. Juste ses larmes.
Etait-ce réellement la signification? se demanda-t-elle. Elle laissa son imagination vagabonder et crut alors apercevoir une girafe entre les arbres. L'animal baissait les yeux et, camouflé parmi les feuillages, inclinait lentement son étrange corps monté sur échasses. Mma Ramotswe distingua les joues de velours moite et les yeux liquides. Alors, toute la beauté que possédait l'Afrique, toute la joie tout l'amour, s'imposèrent soudain à sa pensée.