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Beauty!!!

Comptes de Noël sous le soleil et la sécheresse

World Vision


Lubumbashi, 1991, pointe sud-Est du Zaïre, là où vivaient les riches exploitants de cuivre. Une ville aussi belle qu'une ville Européenne, plus belle encore, quelle ville européenne peut pendre à son cou des colliers de jacarandas et de flamboyants?

Lubumbashi est une coquille vide. Les militaires l'ont vidée l'an dernier à l'occasion du "pillage". Il ne reste rien. Bêtise !!! Il reste la famine, les enfants gris.

John est assis à côté de moi, j'ai plus l'habitude que lui des routes. John vient de l'Amérique profonde. John a 30 ans, il ressemble à ce héros de cinéma dont vous rêver Mesdames dans la tristesse de votre nuit. John a 30 ans, il n'a jamais connu l'émerveillement de la peau d'une femme. A chaque avion il reçoit des lettres de jeunes filles américaines. Il n'a pas l'air de s'apercevoir que ce sont des lettres d'amour.

John est inquiet et prie. Nous allons chercher Linda à l'aéroport de Lubumbashi. Linda vient du Quartier Général qui est en Afrique du Sud. Elle a pris l'avion Shaba Air à 5 heures du matin à Johannesburg. Shaba Air est tellement important que vous ne trouverez de trace de la compagnie nulle part. L'avion après une heure de vol est déjà en liesse, les hommes d'affaires fêtent par avance les profits du trafic qu'ils font.

John est inquiet. Linda porte sur elle 60.000 dollars. Elle doit débarquer à Lubumbashi avec sur son corps 60.000 dollars. Normalement elle st sous le parapluie de l'Organisation Humanitaire. Si un des militaire décide que cela vaut le coup de jouer le coup à l'individuel, Linda disparaîtra (après usage).

Nous sommes dans une Organisation Humanitaire Chrétienne. Linda est free-lance photographe californienne. C'est comme si dans une réunion de l'Evêché vous annonciez que votre travail est sur les boulevards des Maréchaux.

Linda va arriver dans une heure. Nous ne la connaissons pas. Je suis indifférent. John est inquiet. J'admire, moi qui n'ai pas le courage de passer même 100 dollars en fraude.

Sans les 60.000 dollars nous n'arriverons pas à boucler nos comptes d'achats de nourriture et de salaires pour tous les réfugiés que nous nourrissons.

L'avion atterrit. Les passagers descendent. Pas de Linda. Un Officiel est payé par nous pour accompagner Linda après la sortie des passagers. Ca peut se retourner contre elle.

Linda descend, accompagnée, traverse la douane avec tous les sourires et accueils, des douaniers, des policiers, dont l'Afrique est capable.

Linda arrive à la porte. C'est une californienne comme ces filles que vous voyez dans les séries Américaines et vous ne pensez pas que de pareilles filles puissent exister dans la réalité.

Linda est petite, blonde, parfaite, parfaite comme un diamant. Elle est américaine totale, elle sourit, elle remercie, elle embrasse.

Vous avez naturellement deviné? Lui, pas encore. C'est un tala. Vous ne savez pas ce qu'est un tala? Ah jeune génération !!!

Moi, après un voyage pareil, la tension d'un voyage de fraude, je file à l'hôtel (de luxe), je prends un comprimé et je dors 12 heures. Linda file à l'hôtel, fait ce que les femmes font, ressort après une heure et nous voilà sur la route avec 4 caméras pour visiter une famille avec des nouveau-nés, qui vient de recevoir de l'aide alimentaire.

Linda commence son travail. Il faut des photos qui vont faire pleurer Margot et ouvrir les portefeuilles. Vous, moi, des photos, nous trouvons qu'une heure, c'est vraiment professionnel. Après une heure elle n'a toujours pas trouvé l'angle qu'elle veut.

Je profite du temps pour partir à Lubumbashi avec la voiture chercher les vivres que j'ai rassemblés. C'est moins évident que cela paraît, je n'ai pas déjà à manger pour moi et mon chien.

Je retourne sur la même route, j'arrive, la vielle femme est toujours là, allongée sur le sol devant l'entrée de sa hutte. Elle s'est allongée au soleil deux jours avant, il ne restait rien à vendre, rien à manger, plus de forces, elle se laisse mourir au soleil. Les voisins passent sans la gêner.

J'apporte la nourriture. Je la fais manger et boire un peu. Je donne de la nourriture à la maison voisine (doit-on dire case voisine où est-ce du racisme?). Je me sens idiot.

Je retourne vers John et Linda.

Le travail est terminé, elle peut envoyer les photos à Johannesburg. Les photos partiront pour les journaux des Etats Unis et rapporteront des contributions qui deviendront de l'argent.

Linda rentre à l'hôtel pour envoyer ses fax, préparer les captions de ses photos. Une photo sans caption ne vaut rien du tout. (nuit à 100 dollars, repas à 20 dollars).

Linda repartira avec John vers Mbuji-Maji, la ville diamantifère, le Centre de notre camp de réfugiés que nous nourrissons. Elle va voyager pendant 15 jours sachant que son corps vaut une fortune, son équipement une fortune, que finalement il n'y a même pas besoin d'aucune raison pour la tuer, tuer est une distraction en Afrique.

Deux ans après John quittera le Zaîre, il aura grossi de 5 kilos. Encore un an et il épousera Linda. Probablement qu'aujourd'hui il est divorcé.

Quelqu'un est-il capable de sortir une morale de cette histoire ?

Nils

Merci à la vie de m'avoir fait voir Linda, une beauté pareille avec un courage pareil, ce n'est pas croyable que cela puisse exister.