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Mon Arrivée en Afrique
Mon Arrivée en Afrique
QUATRE PETITS DEJEUNERS


Comment rater un examen peut vous forcer à prendre 4 petits déjeuners :

J'en étais à mon 4ème petit déjeuner de la journée, et pensez que cela est venu d'un mauvais examen final en pédologie

Je voyageais par East Africain Airlines de Paris à Nairobi, mon premier voyage vers l'Afrique, mon premier travail d'agronome venu "aider" les pays en voie de développement.

East African Airlines était alors une des meilleures compagnies, elle avait la foi : on voyageait avec des VC 10 anglais; les autres avions sont faits pour voler, le VC10 vole parce qu'il est anglais.  Déjà le génie britannique avait découvert que si on ne met que la moitié des rivets, l'avion est plus léger et se construit plus vite, cela évite d'installer la radio pour distraire les passagers et vous épargne les conversations avec les voisins.

En Union Soviétique, en voyage dit d'études, nous prenons, ma femme et moi l'avion de Samarkand à Boukhara, chose infiniment normale.  Le groupe s'assoit dans l'avion et attend, et attend, et attend.  Nous entendons un bruit bizarre sur la gauche, comme un criquet ou un grillon.  Nous regardons par le hublot et nous voyons le mécanicien en train de limer l'hélice.  Ca fait peut-être partie des opérations normales de départ dans un avion soviétique.  Le pilote rentre, sort une balayette et commence à épousseter le tableau de bord.

Nous sommes arrivés vivants.

Comme tous les vols vers l'Afrique, celui-ci se faisait de nuit. Voyager de nuit en avion est un test de la résistance humaine, et, pour parfaire le test, vers les 5 heures du matin, au moment où, si on vous ouvrait la porte de l'avion vous seriez d'accord pour sauter sans parachute, à ce moment la compagnie vous sert le "breakfast" à l'anglaise.  Il faut s'émerveiller sur les capacités du Chef d'approvisionnement de la compagnie car, en 1969, soit quelques 20 ans après la guerre, il était évident que l'omelette était faite avec les vieux stocks de poudre d'oeufs qui ne pouvaient dater que du Plan Marshall.

On se demande souvent pourquoi les Sud Africains ont eu un des meilleurs rugby du monde, c'est pourtant facile à comprendre, toute personne ayant réussi à atteindre les toilettes de l'avion le matin doit être capable de passer comme du beurre à travers n'importe quel pack de défenseurs.  Les Sud-Africains voyageant constamment sur cette ligne avaient un entraînement supérieur.  A ce sujet je propose aux compagnies d'interdire aux dames de porter leur trousse de maquillage dans les toilettes ou alors de leur faire payer un supplément d'une demi-heure de voyage.


Si l'épreuve du petit déjeuner est réussie vous recevez un cadeau royal, une vue du soleil qui se lève derrière le Mont Kenya. Le Mont Kenya en lui-même n'est pas tellement beau, il ressemble à une molaire de vieillard qui ignore les bienfaits de la pâte dentifrice, mais l'ensemble, montagne qui semble être à la même hauteur que l'avion, les nuages du matin, le soleil qui se lève, cela vous fait tout oublier.  On peut ajouter au plaisir en regardant le spectacle bien en face, longtemps, bloquant le hublot, de sorte que les 2 passagers à votre droite et les 3 de l'autre côté ne voient rien du tout.  Seulement, le voyageur expérimenté (que je n'étais pas encore) sait qu'il a tout intérêt à être coopératif car dans quelques minutes nous passerons au-dessus du Rift Valley et du volcan Longo Longo qui lui se voit par le hublot de l'autre côté.

Figure 1

Plus tard nous ne devions plus avoir qu'une priorité : éviter les« business-mamas »
Le principe est que la business-mamma achète là où c'est moins cher, prend l'avion, revend ses produits et refait le même trafic dans le sens inverse. Le comité de sélection pour les business- mammas semblait avoir décidé qu'elles ne pouvaient postuler qu'à partir de 120kgs
Figure 2

La mamma arrive dans l'avion, un sac sous un bras, un sac sous l'autre, plus quelques menus objets.

Figure 3

Elle s'assoit dans ce que la Compagnie croit être son siège, soulève l'accoudoir et permet à ses 120 kg et paquets de s'épandre, de préférence sur vous.
Figure 4

However, the site, www.cheapflights.co.uk, admits that conversations on flights can be very rewarding. "There are times when you want to talk to someone sitting next to you. The funny thing is these conversations can often be quite personal. A person you'll never meet again can become a fast friend, even though you may not even exchange names."


Si vous avez par-dessus le marché le malheur d'être assis entre deux mammas il est inutile d'espérer respirer pendant le trajet.

L'atterrissage à Nairobi se fait à 7 heures du matin. Je suis précis, je dis bien à 7 heures du matin, que ce soit le vol Air France, Swiss Air, KLM, SAS, British Airways, tout le monde arrive à Nairobi à 7 heures, c'est planifié ainsi et qui sommes-nous pour critiquer le planning des compagnies? Donc, on met les avions en empilage là-haut dans le ciel et on tourne et on tourne en attendant son tour. Il faut aussi penser qu'on atterrit à 7 heures parce qu'à ce moment-là les nuages sont levés. Vous avez déjà vu, vous, des nuages qui ont une horloge? Alors on attend.



Précédemment je parlais de la beauté du Mont Kenya. C'est curieux, lorsque vous êtes en empilage et que vous tournez, tournez, à la cinquième fois que vous passez près du Mont Kenya on sent comme une certaine lassitude parmi les passagers qui ne montrent plus l'enthousiasme initial. Ce jour-là devait être l'occasion ou l'hôtesse demandait au capitaine pourquoi la petite lampe rouge au- dessus de la jauge à essence clignotait sans cesse, parce que subitement on nous annonce que la Compagnie, sans frais supplémentaires, nous offre un voyage en Ouganda, à Entebbe, et que pour nous faire passer le temps un café sera servi.

En route pour l'Ouganda, 1 heure de vol, avec la joie de passer le Rift Valley, lieu magique où se retrouvent les premières traces de la vie humaine sur terre. Entebbe, c'est la capitale administrative de l'Ouganda, à côté du lac Victoria. Entebbe étant non seulement la capitale administrative mais aussi la capitale d'un élevage de moustiques particulièrement virulents. Entebbe de ce temps-là n'était pas encore entrée dans l'histoire.

A Entebbe on nous fait descendre et au sol, voyant notre attitude pâle et fatiguée, le personnel (bienveillant) comprend que nous sommes au bord de la crise d'hypoglycémie et nous sert rapidement un breakfast, ce coup-ci avec de vrais oeufs.  Pendant qu'on fait le plein de l'avion (un vrai plein avec un camion citerne, pas avec des seaux percés comme à Mbuji-Maji au Zaïre, quelques années plus tard) nous mangeons.  Puis on rembarque pour Nairobi, et là, bien que je n'aime pas dire du mal d'une Compagnie qui a vécu de bien beaux jours, pendant le trajet Entebbe-Nairobi nous ne recevons ni breakfast ni même un café, sans un mot d'excuse.

Arrivée à Nairobi, arrivée que j'apprendrai à aimer de plus en plus: vous contournez la ville (choisir le siège de gauche), vous descendez, si le capitaine voit large vous apercevrez le volcan de Naivasha à droite,





Si vous avez le siège de droite vous pourrez peut-être voir au loin le Kilimandjaro, vous descendez juste audessus du petit parc National (certains plus menteurs que d'autres disent avoir vu des lions) et vous atterrissez.

Par suite d'une erreur au départ du personnel de manutention, ma valise arrive dans le même avion que moi.

Les contrôles des aéroports africains sont des choses sérieuses (et chères).  De tous ces contrôles, les plus sévères étaient en Ethiopie du fait de la guerre civile.  Le passeport était controlé deux fois, trois fois, le visa lu à l'endroit, à l'envers, les bagages fouillés, les poches vidées et revidées ; grace à ce travail exemplaire je suis arrivé à Addis Ababa au pied de la passerelle avec deux cartes d'embarcation.


Mon épouse prétend que ces contrôles me perturbent, ce qui est entièrement faux ; si je suis arrivé en salle de transit à Madagascar alors que ma valise était toujours dans la queue d'embarquement, c'est uniquement parce que je suis un grand scientifique.

Contrôle de vaccination, contrôle de passeport, puis un gentil douanier qui doit faire dans les 110 kg me demande

          Marmafait ?

Perplexité !

Marmafait, qu'est-ce que c'est que ce nouveau mot de la langue anglaise, ça commence bien ! .

Après quelques échanges où le douanier condescend à descendre à mon niveau de compréhension il s'avère qu'il me demande

"Avez-vous des armes à feu ?"

Avec soulagement j'admets que je n'ai pas ces instruments.  Mais c'est logique, si vous ne venez pas au Kenya pour tuer quelque chose, alors pourquoi venez-vous ? Si je lui dis que je viens pour creuser des trous qui ressemblent à des tombes il va me renvoyer, soit chez moi, soit à l'hôpital.!

Rendez-vous compte que mon patron, tandis que nous tournions pendant une heure au-dessus du Mt Kenya, puis une heure pour aller à Entebbe, puis une heure de petit déjeuner, puis une heure pour revenir, puis une demi-heure de formalités, mon patron n'était pas là pour m'attendre.  Et nous ne pouvons pas blâmer l'Agence de Développement qui avait fait son travail, pour preuve le télégramme annonçant mon arrivée fut reçu le lendemain (avion et heure étaient faux, mais ça c'est de la routine).

Donc je me retrouve seul, dans un continent inconnu sans trop savoir que faire, et pourtant c'était merveilleux.

De ce temps-là la communauté indienne était très importante, il devait y avoir un départ par avion pour l'Inde chaque samedi, et si un indien part ce serait un grand déshonneur si une seule personne de la famille manquait pour les voeux de bon voyage (sauf celui de service qui garde la boutique).  Dans cet aéroport c'était une parade de magnifiques jeunes filles habillées en sari, jeunes filles allant en groupe de ci de là dans la salle d'attente, à 10 mètres une mère ou un frère soupçonneux les surveillant.

Le sari des jeunes filles a cela de magnifique qu'il dévoile ce qui peut être dévoilé, et encore un peu plus, et offre tout le restant à l'imagination.  Je suis pour le sari.  Sauf pour ma femme et ma soeur évidemment.

Etant jeune marié je ne regardais pas, mais par entraînement universitaire je conduisais une étude sociologique et anthropologique attentive.

Je trouve l'adresse de mon patron, un téléphone, et commence le malentendu classique franco-anglais des téléphones, faut-il pousser sur le bouton rouge si la communication commence ou si elle ne commence pas ?

Le patron arrive, étonné de me trouver là, nous arrivons chez lui et, l'hospitalité suédoise étant sacrée, je reçois un petit déjeuner.  Je crois que le compte y est.

Pour en revenir à la première phrase, tout ceci parce que j'avais raté mon examen de pédologie.

Mon professeur n'était pas connu pour sa tendresse.  Si vous avez vu la série des films anglais "Docteurs" avec Sir Lancelot, cela vous donnera une idée. L'examen était tellement important pour moi que je m'étais préparé plus que d'habitude, j'avais lu tout ce que je pouvais sur le sujet, même de la pédologie en allemand. Est-ce à cause de l'allemand, mon professeur n'avait-il pas lu les mêmes livres que moi, cela se passa mal.

Mon professeur était pensif à la fin de l'examen, recaler ou pas recaler et je savais ce qui se passait dans sa tête.  Il avait besoin d'un assistant de laboratoire, travail mal payé et sale (mais passionnant), le troc fut donc que je serais reçu si j'acceptais de devenir assistant de laboratoire.  Etant assistant de laboratoire, je devenais presque automatiquement l'assistant des étudiants africains en formation en Suède, et un bon assistant ne quittant jamais ses élèves, je me retrouvais plus tard avec eux au Kenya.-

Ayant enseigné la pédologie tropicale pendant un an sans avoir jamais vu un sol tropica, ce voyage avait un certain intérêt pour moi.  Monsieur Fenouillard ici n'aurait pas manqué de ciseler un aphorisme sur le fait qu'il n'y a pas de relation entre ce qu'on sait et ce qu'on enseigne, ce que tout professeur apprend rapidement.


Carte censée illustrer nos voyages au Kenya.

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