Un Eléphant dans mon carburateur | home
Les Voitures
Pour reconnaître un africain d'un européen, c'est très simple. L'un marche à pied, l'autre en voiture. Donc, selon cette logique, si un africain roule en Mercedes, c'est un grand Blanc. Lorsque je marchais à pied de la ville à mon appartement, j'étais un moins que rien. L'Afrique semble être en migration permanente. Les gens voyagent, voyagent beaucoup, de sorte que cela devrait être un paradis pour les compagnies d'autobus.
Aux alentours de Nairobi les gens voyageaient dans de vieux autobus, probablement des déclassés anglais rachetés par des hommes d'affaires. Chaque homme d'affaires possédant ses autobus, sur la grande route nationale c'était une compétition terrible à celui qui arriverait le premier à l'arrêt pour récolter sa moisson de passagers. Le Grand Prix formule 1 de Monaco, à côté de cela, est un jeu pour enfants.
Les chauffeurs ne freinaient jamais, malheureusement sur la route de la Rift Valley il y a un pont qui, comme toujours, ne laisse passer qu'une voiture à la fois; d'un côté arrivait un autobus, de l'autre un camion citerne. Il ne resta pas grand chose à enterrer.
A l'entrée de Nairobi, l'assistant pendait hors du car et à l'arrêt se précipitait pour pousser les passagers à l'intérieur de l'autobus, puis il sautait vite à l'intérieur aussi pour faire payer. Pendant ce temps le concurrent le dépassait pour arriver en premier à l'arrêt suivant, il brûlait l'arrêt qu'il y ait des passagers voulant descendre ou non.
Dans la ville circulaient les taxi "Watatu", ainsi nommés parce que tout trajet coûtait 30 pences (du swahili tatu )
L'ennui était que les watatu circulaient en fonction de la densité des clients et que pour faire un kilomètre pour rentrer chez vous, vous pouviez faire tout le tour de la ville. J'ai retrouvé le même système à Tananarive et à Tunis.
En Zambie à l'aéroport, les prétendus taxis avaient encore un autre problème, à savoir que c'était l'argent du passager qui allait servir à acheter l'essence pour aller en ville. Lorsqu'on atterrissait le soir on se retrouvait dans les lieux les plus noirs et mystérieux où des bidons de 5 litres s'échangeaient, on espérait en quantités suffisantes pour arriver à l'Hotel.
Pour la classe dirigeante du Kenya, le peuple avait créé une nouvelle tribu, les "WaBenzi". Nous autres, les "experts" avions de nombreuses voitures en rapport avec notre rang. Le mien ne devait pas être bien haut.
En arrivant je trouve mes voitures de service. Mon patron devait avoir un côté un peu auvergnat ! Ce qu'on pouvait dire de mieux de ces voitures, c'est qu'une fois dans leur vie elles avaient été neuves, mais elles avaient du mal à s'en souvenir.
Nous avions une Land Rover (elle en avait la forme, pas le moteur) et une Volkswagen Kombi (j'ai beaucoup appris en mécanique grâce à elle).
De ce temps-là la Kombi était la voiture officielle du Kenya avec les taxis Peugeot 404. La Kombi était une voiture merveilleuse parce qu'elle vous permettait de voir au-dessus des herbes. Si vous roulez dans un parc national avec une voiture ordinaire, il faut espérer que vous avez un grand intérêt pour la botanique, car vous ne verrez que de l'herbe.
La Land Rover était une obligation professionnelle, tout spécialiste qui se respecte doit avoir une Land Rover, même si ce n'est que pour Madame aller acheter une boite de lait à l'épicerie.
La Land Rover, de ce temps-là avait deux gros avantages:
Elle était malheureusement incassable, je crois qu'elle aurait résisté à une charge de rhinocéros. Les rhinos eux-mêmes avaient l'air de le croire puisqu'ils ne chargeaient jamais la Land Rover. Certaines personnes médisantes vous diront que si ils chargent c'est que la Land Rover ressemble de par sa forme (et son comportement sur la route) à un rocher.
Selon mon chef elle avait 14 ouvre-bouteilles; et c'est vrai!!! Toutes les tôles intérieures étaient recourbées de sorte qu'on pouvait décapsuler sa bouteille de partout et dans n'importe quelle position.
La Land Rover est la seule voiture que je connaisse où l'objectif du pneu de rechange est de vous empêcher de regarder devant vous puisqu'il est accroché sur le capot. Les esprits chagrins me diront qu'on peut aussi l'accrocher à la porte de derrière, avec le résultat qu'il faut être deux pour l'ouvrir ou la fermer, ou simplement arracher la porte.
Les pneus de Land ont une autre particularité, si vous crevez vous réparez, grâce à la technique moderne, avec ces coins en caoutchouc qu'on enfonce dans le trou, mais ensuite il faut regonfler le pneu avec une pompe à main. Mon chef dans son désir de renforcer mes muscles et de m'instruire me laissait pomper pendant deux heures jusqu'à ce qu'il estime que la pression était acceptable. En bon élève que je suis, plus tard je confiais ce travail de haute responsabilité à mes étudiants.
La Land Rover était aussi très appréciée des Cheetah (guépards) du Parc National qui sautaient sur le capot moteur puis s'installaient sur le toit. On finissait par ne plus savoir si c'était nous qui observions les guépards ou le contraire. J'ai déjà eu des Cheetah sur le toit de ma voiture, j'étais photographié par tous les touristes, je peux dire en toute sincérité ce que c'est que d'être une célébrité. J'essayais d'arborer un sourire modeste pour tous ces photographes.


La Land Rover supportait tout et encore plus, cependant personne n'a dit que sa batterie supportait tout. En fait elle ne supporte pas grand chose. D'abord c'est un gros moteur, pour le démarrer il faut beaucoup de force, c'est à dire beaucoup d'électricité. Les fils électriques se détachaient constamment de la batterie, on arrangeait cela en coinçant le chapeau avec des bouts d'allumettes, des clous, du papier de chewing-gum. C'est ainsi que je me suis retrouvé au centre de Nairobi, sur Kenyatta avenue avec une grosse Land Rover qui refusait obstinément de repartir. Quant à pousser une Land Rover pour redémarrer, il faudrait un demi-régiment. Ce que mon chauffeur trouvait sans aucun mal, mais voir un blanc bien sale en panne en plein milieu de Nairobi c'est trop amusant pour interrompre le spectacle trop tôt.
Deux voitures, il y a de quoi être vraiment heureux, et bien, mon épouse ne l'était pas, tout ça pour une broutille. Je vais vous expliquer cela et vous verrez à quel point une femme peut se vexer pour une chose de rien du tout :
Annie arrive en vacances par un charter économique, le train de Uppsala à Zurich, puis l'avion par Athènes, Le Caire, Djibouti et Mombasa puis Nairobi, un voyage reposant et agréable en bonne compagnie.
C'était le genre de charter ou même la porte des toilettes de l'avion ne s'ouvrait qu'en mettant un pièce de 1 franc suisse dans le compteur.
Elle arrive donc à Nairobi à l'aéroport et je lui annonce qu'elle n'aura pas à se faire de soucis pour les achats à Nairobi comme nous partons tout de suite avec les étudiants pour Kericho à 3 heures de voiture "normale", 4 heures pour nous. Peut-être était-ce la fatigue du voyage, le dépaysement, mais il y eut des commentaires désobligeants sous prétexte que certaines gens n'ont jamais de leur vie:
· conduit une Land Rover
· conduit au Kenya
· conduit à gauche
· conduit avec une pleine cargaison d'étudiants.
Etant jeune marié, mais déjà bien au courant de la psychologie féminine, je m'installe dans la Kombi et on part, Annie suivra certainement.
Je lui avais expliqué que nous avions 160 kilomètres de route à faire, mais j'avais oublié d'ajouter que nous étions dans la période de conversion de miles anglais en kilomètres, de sorte que si la première borne donnait Nairobi 60, la seconde donnait Nairobi 45 puis la troisième Nairobi 61.
Ca ne devait pas être le bon jour pour le tourisme. Mes étudiants dans la Kombi au bout d'une heure ont commencé à faire des commentaires sur certaines agences qui s'attendent à ce qu'ils voyagent à 9 dans un Kombi. C'était peut-être les bagages qu'ils avaient sur les genoux qui les rendaient de mauvaise humeur?
Certains ont fait remarquer que c'était une bien étrange Kombi qui roulait toujours en première vitesse, sur quoi je leur fis remarquer que c'était encore une chance qu'on eusse une première, que sans cela ils seraient en train de pousser la voiture. Pourtant c'est vrai qu'il aurait été préférable qu'on eusse une demie-vitesse, car même en première Annie n'arrivait pas à suivre avec la Land Rover.
Pour arrêter les voitures, à 1600 mètres, c'est très simple, on tourne la clef de contact, on l'enlève et rien n'arrive, le moteur continue à tourner, alors on serre le frein et on enclenche la première, et le moteur s'arrête. Mais il devait tout de même y avoir un effet débilitant de l'air sur les voitures car elles devaient souvent être réparées.
Il est normal que les voitures peinent sur un trajet comme celui de Nairobi à Kericho. Nairobi est la ville fondée par la Compagnie de chemin de fer afin d'avoir un lieu de repos et de réflexion avant d'entamer le passage du Rift Valley et des montagnes l'entourant.
Dès que vous quittez Nairobi la route monte légèrement. Au loin, à gauche vous voyez les magnifiques collines des Ngong Hills, tellement magnifiques qu'elles doivent être un peu magiques ! C'est là où Karen Blixen avait sa ferme, Karen Blixen qui devait commencer son livre par la phrase célèbre "I had a farm in Africa", livre qui donna le film "Out of Africa"
Vous passez ensuite le long de fermes où les peaux de vaches et de moutons sont tendues sur des piquets pour sécher. Si vous achetez une peau de mouton vous le regrettez bientôt, elle n'est pas tannée, a une forte présence qui a tendance à envahir toute la maison, mais elle donnera beaucoup de plaisir à votre chien .
Après une demie heure de route vous arrivez au Rift Valley, une vue incroyable sur cette déchirure de l'écorce terrestre, déchirure commençant quelque part en Israël et descendant tout le long de la côte Est de l'Afrique, déchirure dans laquelle Leakey devait trouver quelques uns des premiers squelettes d'êtres humains. Le National Geographic à même publié une photo d'une des premières traces de pas d'homme sur ce qui devait être la boue d'un marécage.
Le Rift Valley a un climat spécial tout différent de celui de Nairobi. Alors que Nairobi est presque une ville froide, la vallée est chaude, parfois chaude et désertique, elle a du être très active puisque de la route on voit le Longo Not, le volcan maintenant éteint ou presque éteint : il paraît qu'on arrive à y récupérer la chaleur des couches profondes de l'écorce terrestre..
C'est au fond de la vallée qu'on trouve le célèbre lac de Naivasha avec ses flamands roses, roses parfois, blancs parfois, selon les saisons et ce qu'ils mangent, flamands qui seraient menacés par la pollution de la ville de Nakuru.
A cet endroit il est conseillé de faire une pause. Vous avez trois possibilités:
· Si vous êtes un touriste vous suivez le lac et vous trouvez une petite auberge charmante (dixit les touristes).
· Si vous manquez d'argent vous vous arrêtez à Naivasha et vous buvez un Coca-Cola avec un biscuit anglais (pourquoi les biscuits anglais sont-ils faits à base de savon ?)
· Si l'Agence dans un moment d'égarement vous a payé et votre salaire et vos indemnités, vous continuez jusqu'à Nakuru et vous vous arrêtez au Staggs Hotel.
Si l'arrivée est facile, repartir après un déjeuner anglais (oh, les cold sweets!!! ) est plus difficile, vous vous sentez un peu lourd. Pourtant après l'apéritif vous ne mangez que:
· Soupe
· Entremets
· Poisson (tilapia)
· Plat du jour avec deux légumes
· Desserts, desserts, desserts
· Fromage
Le café est servi dans le salon annexe.
Cette vallée fut aussi une vallée de guerre, les colons prétendant être arrivés sur des terres vides de toute population, la population locale disant que ces terres avaient été occupées de tous temps mais temporairement abandonnées à cause d'une épidémie.
Vous arrivez à votre quatrième contrôle de police où on vous demande, poliment, votre permis de conduire.
En Zambie la police avait développé une technique raffinée pour identifier les espions de l'Afrique du Sud. A l'arrêt le policier vous posait cette question vicieuse et troublante :
Where are you coming from ?
Sur votre réponse que vous veniez de la ville la plus proche, ce qui à vous semble logique, le policier vous scrute et vous pose alors la question qui va décider de votre sort :
Where are you going ?
Sur votre réponse que vous allez vers la ville où la route conduit, le policier vous scrute. Apparemment j'ai souvent donné les bonnes réponses car je suis passé.
En fait c'est moins bête que cela en à l'air, l'objet des questions n'étant pas de savoir d'où vous venez, où vous allez mais d'essayer d'identifier votre appartenance tribale.
Selon les médisants, dans le cas des transporteurs nationaux le permis de conduire doit être en forme de sandwich et selon la richesse de la garniture (5 shillings ou 10 shillings?) ils passent ou ne passent pas.
Ayant traversé la ville et répondu aux trois questions rituelles du contrôle de police:
· "Wiper "?
· "Hooter "?
· "Blinker "
et la voiture, suite à ces trois tests techniques, ayant été déclarée digne de poursuivre sa route, il fallait remonter l'autre flanc de la Rift Valley. C'était une opération douloureuse pour mes voitures qui montaient mètre par mètre en première et en protestant, mais il y avait deux récompenses. Lorsqu'on arrive vers les hauts plateaux, d'abord on traverse la région du blé (région de Molo), puis ensuite un des plus beaux paysages du monde, les plantations de thé. Notre destination finale était la Station de Recherche Théicole de Kericho à 2200 mètres d'altitude.

Soucieux d'économiser le matériel de l'Agence, nous nous sommes décidés à acheter nous aussi une voiture, une voiture d'occasion évidemment, et, par petites annonces nous trouvons un jeune anglais qui devait être à peu près aussi pauvre que nous et qui vendait deux Kombi qu'il avait utilisées, il vaudrait mieux dire épuisées, pour transporter les touristes. Si je me souviens bien ceci nous coûta la somme de 200 livres, soit 3000 francs français, soit deux mois de salaire. La voiture finira ses jours avec les enfants handicapés des pères irlandais de Kipchimchim.
Ce qu'on pouvait dire de bien de cette voiture c'est qu'elle ne faisait pas concurrence avec celles de l'Agence, nous n'étions pas dépaysés, c'était le même standard. De ce temps la Kombi avait un pare-brise avant en deux panneaux qu'on pouvait relever, très appréciables par chaleurs assez intenses, et comme toute bonne voiture de tourisme le toit était ouvrant de sorte qu'on pouvait s'y installer et admirer tout autour de nous et quand même assez bien protégés,les animaux dans les parcs.
On peut dire qu'il aurait été préférable que le démarreur fonctionne parfois, sinon souvent, avec la clef de contact, ce n'était pas le cas.
Lorsque je faisais le plein le personnel de la station service montrait une joie sans borne à me voir me glisser sous la voiture pour actionner le démarreur en court-circuitant les pôles du générateur avec un tournevis et revenir couvert d'un échantillonnage des dépôts laissés par les clients précédents.
Cette voiture créa un certain étonnement à l'occasion de la fête nationale belge, à laquelle Annie, comme belge, et moi étions invités. Nous arrivons le soir à la Résidence de l'Ambassadeur et parquons notre Kombi à côté des voitures brillantes et puissantes des gens "biens" de la ville.
Une soirée charmante, j'avais mis mon plus beau costume (ce qui n'était pas difficile étant donné que je n'en avais qu'un seul). Nous avons dîné en petites tables, bonne chair, bonne cave, bons invités . La soirée se termine, nous sortons de la Résidence prendre nos voitures et je me glisse sous la mienne avec un tournevis (et mon costume) pour démarrer en court-circuitant le démarreur avec l'habituel show de pyrotechnie que cette méthode provoque, puis nous sommes partis comme si de rien n'était. Nous n'avons plus été invités pour la fête nationale. Je ne sais pas si il y a une relation de cause à effet.
C'est pourtant grâce à cette voiture dont je dis tant de mal que nous avons passé des vacances merveilleuses à Malindi, le vrai Malindi, celui où on voyait encore l'océan, les hôtels n'ayant pas barré tous les accès.
Le voyage commence par le magnifique trajet de Nairobi à Mombasa, de ce temps-là la route était si impeccable qu'il suffisait de mettre une brique sur l'accélérateur et de jouir du paysage. Selon votre envie vous pouvez vous arrêter à Tsavo (Nord où Sud) ou à Voi. Voi était le préféré des taxis car, à part l'essence et la bière il n'y avait pas grand chose d'autre.
Si vous êtes un esprit chagrin vous pouvez regarder avec envie la très célèbre ligne de chemin de fer Nairobi - Mombasa qui longe souvent la grand route. J'ai eu une fois le plaisir de jouir du luxe de ce voyage, vous dormez assez confortablement et au petit matin vous pouvez déguster un petit déjeuner complet servi sur linge blanc, dans un wagon-restaurant traversant un Park National.
Mombasa est un très grand port qui sert d'entrée et de sortie au Kenya bien sur, mais aussi à la Tanzanie, à la Zambie, à l'Ouganda et un peu au Rwanda et au Burundi.
J'ai eu l'occasion de visiter le port franc pour essayer de retrouver mes engrais de la FAO, engrais que j'ai retrouvés, une espèce d'immense tas de sacs jetés au hasard, sacs crevés, sacs pillés, un désastre.
Qui dit voiture, surtout voiture de service, dit chauffeur. Etre chauffeur est l'ambition suprême de nombreux travailleurs.
Cela n'empêche pas l'étranger d'être forcé d'obtenir son permis de conduire national. Parfois c'est très simple, vous arrivez au bureau, vous présentez votre permis étranger et le fonctionnaire vous délivre un permis national. Parfois, ils décident que vous devez passer un examen. L'examen de route permet de joyeuses plaisanteries. La voiture doit zigzaguer entre des bidons. Un malin farceur a trouvé que c'est assez amusant de rapprocher les bidons pour les candidats qui ne lui plaisent pas trop et pour accentuer le côté comique, de faire faire le passage en marche arrière. N'ayez aucune crainte, le bidon n'est pas du tout abîmé par le choc.
Pour les nationaux, le permis de conduire est plus une opération financière qu'une opération technique.
Un voyage de vulgarisation n'est pas toujours une affaire de joie et de plaisir. Pour aller dans les villages il faut aller loin, loin.
Aller loin cela veut dire franchir des ponts.
· Franchir des ponts qui sont construits en bois.
· Le bois ça brûle et a quoi servent toutes ces planches puisqu'en marchant une seule planche suffit ?
Voici le résultat :
Ce que l'image ne représente pas ce sont les dix ou cent spectateurs intéressés sur les berges de la rivière. Finalement ils auront pitié de gens aussi bêtes D'ailleurs, à 15 on arrive à soulever n'importe quelle voiture.
Une voiture de service c'est aussi un chauffeur de Service. Votre confort va dépendre de lui, votre vie aussi.
J'ai eu l'énorme chance d'avoir un très bon chauffeur en Zambie. Vous vous étonnez parce qu'il ne sait pas lire une carte routière ? Quel rapport ? Lorsqu'on veut aller quelque part on s'arrête et on demande à la personne la plus proche.
Les demandes de distances donnent lieu à des problèmes culturels. Lorsque vous demandez si le fermier Zulu dans le village Mwala, c'est loin? La réponse obligatoire est " not far ", or ce " not far " peut varier de 10 minutes à 4 heures de route.
Mais nous sommes rusés et nous prenons avec nous un guide. Au bout d'une heure de route, ayant quelques doutes nous interrogeons patiemment le guide (sans frapper trop fort) et il s'avère que puisque nous sommes de toute façon en voiture, notre guide qui n'a pas visité son oncle depuis 6 mois passe d'abord par son village.
Mais est-ce que le village de son oncle est du côté de notre fermier ?
Oh oui, pas de problèmes, après avoir vu son oncle on refera tout le même trajet dans l'autre sens et on verra le fermier Zulu qui habite à 500 mètres de l'endroit où nous étions.
La visite est aussi compliquée par le fait qu'on ne peut pas passer chez le fermier sans d'abord passer par le chef de village. Pourquoi celui-ci habite systématiquement à l'autre bout du monde est un de ces mystères ésotériques. Le chef du village est toujours heureux de vous accorder la permission de visiter le fermier surtout que par hasard il a 5 sacs de maïs qu'il faudrait transporter.
De ce côté-là ?
Pas tout à fait, mais " not far "
Mes connaissances dans les 70 dialectes de Zambie étant parfois un peu incomplètes, Matafwali , mon chauffeur, interrogeait les passants. Cette interrogation durait au moins 15 minutes, politesse oblige. Puis on repartait et après le premier tournant Matafwali ne savait déjà plus où il fallait aller.
Etre grand chauffeur a aussi ses désagréments, ainsi Matafwali ayant, comme c'est son devoir, giflé son épouse, celle-ci est partie chez ses parents du côté du Zimbabwé (500km), ce qui veut dire que Matafwali doit repartir jusque chez les parents pour rechercher son épouse et la ramener.
Matafwali était un bon chauffeur car il savait ce que c'est qu'une voiture de service. La normale pour un chauffeur est plutôt que le jour c'est la voiture de service du patron, la nuit c'est la voiture de drague du chauffeur avec alcool et putes. Une autre version est que le jour c'est une voiture de service et la nuit c'est un taxi.
Le chauffeur est responsable de l'entretien de la voiture. Il est aussi responsable de sa sécurité, ce qui est trop lui demander.
Une voiture est faite pour être volée. Un Haut Personnage de Lusaka avait donné comme exemple de l'accroissement de l'éducation de la population le fait que les voleurs ne cassaient plus les vitres mais utilisaient de fausses clefs. Un business florissant consistait pour le chauffeur à prêter les clefs de la voiture pour 2 heures, le temps que les voleurs fassent des copies.
Nous avions donc des bloqueurs de volant, des bloqueurs de pédales, des boulons antivol sur les roues, le résultat n'étant pas à la hauteur des espérances . On peut tout de même se demander comment une voiture volée peut aller de Lusaka au Zaïre, soit 500 kilomètres, en sachant qu'il y a un contrôle policier tous les 30 kilomètres. On peut aussi se demander si vraiment au Zaïre, à Lubumbashi, les gradés militaires doivent avoir des voitures " right hand drive " dans un pays avec la conduite à droite
Question vol, l'histoire commence mal dès le départ, car il faut aller chercher la voiture à Dar es Salaam. Dans le bateau, la voiture aura été débarrassée de tout ce qui est inutile, par exemple le cric, la roue de rechange, le rétroviseur. Si le temps est mauvais pendant la traversée Japon-Afrique, la carrosserie aura un nouveau style. Parfois ils nous laissaient la batterie, ce qui est gentil.
Sur le lieu de travail, si vous confiez votre voiture à un garage réputable, cette réputation n'implique en rien que les pneus qui entrent sont les pneus qui sortent. Ce qui explique peut-être pourquoi une voiture toute neuve peut avoir 6 mois après 15 rustines