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Les Parks

Allez sur cette page, elle vaut le détour

Je crois que j'aurais été un peu étonné si on m'avait annoncé un jour que je chasserais un éléphant avec une pierre, c'est pourtant ce qui devait arriver.


L'Afrique de l'Est dans les années 60 et 70 c'était des animaux, des animaux et encore des animaux. L'image est de Big John, 8 ans, qui d'animaux devait en savoir moins que moi. Etrangement les mêmes représentations se trouvent au Musée de Nairobi et en en Afrique du Sud

Mais avant tout il faut regarder :

http://www.membres.lycos.fr/terresdespoir/


Et un détour par l'étrange musée de la Zambie, à 1000km de la capitale, au bout d'une route en terre, un magnifique musée créé par un prêtre

http://www.zambiatourism.com/motomoto/

mais d'autres sites existent que vous pouvez trouver enc herchant "moto+moto+museum"

L'art pariétal se semblait pas exister chez nous. Pourquoi ?

http://www.museums.org.za/sam/resource/arch/zaampic.htm


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Roots of the rainbow nation
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A short history of South Africa
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Prime Origins: Rock Art From interviews conducted decades ago, anthropologists have learned more about rock art in South Africa than anywhere else. Glimpse into the past as researchers theorize how these paintings came to be.
African paintings fair trade charity arts foundation - African art gallery online - South African artists fair trade charity arts centre. Bushman art paintings - Bethesda foundation
Mukondeni Art Gallery - Venda and Shangaan African traditional contemporary art and artists.
Nola Muller - South african watercolor & bushman paintings.
"NO more do we bushmen hunt in these hills. The fire is cold. Our songs are quiet. But listen carefully. You will hear us in the water. Look carefully. You will see us in the rock."

http://www.metmuseum.org/toah/hd/croc/hd_croc.htm




Le centre du tourisme était le Kenya. C'est là que les touristes arrivaient, ils voyageaient avec les sociétés kenyanes, allaient visiter les parcs du Kenya mais aussi ceux de Tanzanie et de l'Ouganda, laissant de préférence leur argent au Kenya. Ceci démontre quels remarquables hommes d'affaires étaient les Kenyans, mais cette situation ne pouvait pas vraiment durer. Je crois qu'elle était surtout insupportable pour la Tanzanie qui avait le plus beau spectacle du monde, le Kilimandjaro, certains des plus beaux parcs dont le fameux Serenguetti. Pourtant les touristes atterrissaient à Nairobi, logeaient à Nairobi et louaient les voitures à Nairobi. Ceci est peut-être une des raisons qui conduisit à la construction de l'aéroport international de Arusha à côté du Mont Kilimandjaro.

Voici une vidéo due Mt Kilimandjaro. De ce temps là les neiges étaient éternelles :

Gazelles à Amboselli

Je crois que Annie et moi n'avons rien fait pour envenimer la situation entre ces trois pays car avec l'argent que nous avons dépensé lors de nos voyages, ils ne risquaient pas de faire grande fortune. Nous aurions bien voulu dépenser, nous aussi, si nous avions eu de l'argent. Ma première démonstration pour Annie des joies du tourisme dans les parcs fut avec la voiture Kombi d'un copain professeur, dans le petit parc national de Nairobi.

Annie normalement est un être de nuit qui de préférence se couche lorsque qu'il est midi à Bei-jing et se lève lorsqu'il est 6 heures à New-York. Elle estime aussi que la "tasse de thé matinale" de l'ancien système anglais est une forme de torture raffinée.

Pour moi c'était déjà devenu une routine, peut-être est-ce pour cela que je n'ai pas compris les doutes exprimées par ma femme lorsque je l'ai réveillée à 4 heures du matin, qu'il a fallu manger un petit déjeuner solide (même pour un anglais) et partir en voiture à 5 heures. Selon Annie, - vraiment on voit qu'elle n'était pas du tout acclimatée au pays encore-, le tourisme devait être quelque chose d'agréable. Sous mes ordres elle apprendra rapidement.

A 5 heures du matin il fait froid et noir, on voit dans le noir de l'est quelque chose de filandreux qui, avec un peu d'efforts pourrait devenir une belle journée ensoleillée. Cela ne fait absolument pas penser à une joyeuse excursion. On passe par Nairobi encore silencieuse (dans deux heures il y aura des files de voitures à faire rougir de jalousie le périphérique sud de Paris), on descend vers Wilson airport, le petit aéroport pour les avions privés, puis on arrive au parc national au moment où il fait assez clair pour voir si la grille est ouverte ou fermée. Discussion classique avec le préposé à la porte pour savoir si on doit payer le tarif "étranger” ou résident, lui étant curieusement toujours de l'avis contraire. Je crois pourtant qu'à la vue de notre voiture et de nos habits il se rendait bien compte qu'il y avait peu de chance de bien commencer la journée.

Question classique:
Où sont les Lions?
Numéro 16!


On regarde sur la carte où est le numéro 16 et on se lance. Je me suis toujours demandé pourquoi il devait y avoir cet échange rituel demande-réponse concernant les lions car ils vivent la nuit (tiens, cela me rappelle quelqu'un), et si vous les avez repérés hier soir au numéro 16 vous pouvez être presque sur que ce matin ils n'y seront pas.


En fait le lion est particulièrement bien adapté au touriste. Le touriste lui n'est pas particulièrement bien adapté au lion.  Les lions estiment vers 6 heures du matin qu'ils ont fait leurs 8 heures de travail, ils cherchent un coin ombrageux, dans des fourrés ou des herbes hautes, puis ils ne bougeront plus jusqu'à 6 heures du soir.  A 6 heures du soir la lumière est si mauvaise que lorsque vous montrez vos diapositives (à ceux qui étaient vos amis avant de les montrer) il faut dire, "et là, la tache grise, c'est un lion".

Le lion dort le jour, ou donne l'impression de dormir, parfois il se redresse pour se gratter un peu et là c'est la panique parmi les vidéos des touristes.Le groupe de lions, si on arrive à le trouver, n'est pas forcément visible car il faut d'abord arriver à percer la fortification des 15 véhicules des sociétés de tourisme qui font un cercle, un peu comme les pionniers pour résister à l'attaque des indiens.Par dessus le marché, les guides, qui eux ont un vrai contrat avec les gardes, savent vraiment où sont les lions.

Le lion est tellement amorphe et indolent qu'il donne l'impression d'un gentil animal de salon, ce qu'a dû penser ce touriste allemand qui descendit de la voiture pour mieux le filmer ..... il a du avoir de très gros plans avant qu'il ne soit complètement dévoré, ceci à la grande satisfaction des autres touristes qui on filmé la scène et revendu le film très cher.

Le guépard lui n'est pas amorphe et indolent, il donne l'impression que s'ill voulait vraiment s'en donner la peine il pourrait facilement rentrer dans la voiture. C'est peut-être pour cela que ce n'était pas une excellente idée d'avoir une crevaison juste au moment où nous venions d'observer un couple de guépards. Annie a très vite appris la répartition du travail en cas de crevaison, elle sur le toit avec les jumelles, moi sur la route avec le cric (en général emprunté d'une autre voiture et pas fait pour celle-ci), les boulons coincés, la voiture qui glisse sur le sable dès qu'on la lève, tout cela en espérant :

1.qu'il y a de l'air dans le pneu de rechange (si on n'a pas oublié le pneu de rechange parce qu'il faut l'enlever la nuit pour éviter les vols).


2. que les guépards ne viendront pas du sud pendant qu'Annie regarde au nord.

En général ça se passe bien, il y a une consolation, lorsqu'on rentre au Collège et que les collègues vous voient couvert de poussière, on peut raconter une belle histoire, surtout si on rapproche les guépard des 500 mètres, là ou ils étaient, à une distance plus raisonnable de 50 mètres ou ils auraient pu être. Les sujets de conversations étant limités vous serez invités à déjeuner puis à l'apéritif puis à dîner, le nombre de guépards augmentant au fur à mesure.



La première année à Nairobi vous faites la fortune des vendeurs de pellicule photo parce que vous photographiez tout et n'importe quoi.  Vous finissez par avoir des centaines de photos de gazelles seules, pas seules, broutant, courant, se battant, se faisant manger.  Un jour vous commencer à vous demander ce que vous pourriez bien faire de toutes ces photos et votre courage diminue. Après une année à Nairobi les gazelles, les zèbres, buffles ne sont plus que des vaches locales et ne créent pas plus d'intérêt.


Vous apprenez rapidement à éviter tout ce qui ressemble à un babouin. Cet animal est une vraie peste, non seulement il est partout où les touristes sont mais étant rarement de bonne humeur et ayant des dents impressionnantes il est la cause de nombreux accidents.

Nous avons tous vu au parking proche de la rivière aux crocodiles (sans crocodiles) un touriste partir en laissant la porte de sa voiture ouverte et trouver en revenant un ou plusieurs babouins dans le véhicule. Au début c'est amusant et on prend des photos des babouins au volant, de devant, de derrière, puis arrive un moment où il veut récupérer sa voiture, ce qui est rarement accueilli avec faveur par les babouins qui se trouvent très bien sur ces fauteuils.

Le touriste commence alors à chercher des branches pour appuyer ses justes revendications sociales. Les babouins après avoir exprimé leur colère en termes que je n'ose écrire, passent en général à la phase d'information et de formation, c'est à dire qu'un contact profond va s'établir entre les mollets et biceps du touriste et les dents du babouin. Non seulement ça fait mal et cela donne de vilaines cicatrices mais le touriste est aussi bon pour toutes les injections d'antibiotiques et de vaccins imaginables.


Il n'y a pas qu'au Kenya qu'un voyage dit d'agrément peut se transformer en épreuve sportive à côté de laquelle le Camel Trophy est une aimable distraction. Je vais vous citer au hasard la visite du parc animalier de Luangwa à l'est de la Zambie, pas loin du Malawi.

Une petite orientation grâce à une carte, ce qui ne sert en général à rien du tout si vous avez un chauffeur puisqu'il ne sait pas lire une carte.

Il faut tout de suite expliquer qu'un parc national en Zambie, ce n'est pas ce que les Européens croient être un parc national.  Un parc national est un endroit ou il est facile de rassembler les animaux. Ces animaux appartiennent :

- Aux villageois qui disposent d'armes et n’aiment pas les éléphants[1]
- Aux braconniers.
- Aux gardes-chasse (la différence entre braconniers et gardes-chasse n'est pas facile à faire; on m'a expliqué que les braconniers sont beaucoup mieux équipés.)

De toute façon le garde chasse établit des barrages sur la route où il prétend contrôler que vous ne transportez pas des animaux illégalement abattus. L'ennui est que les gardes-chasse ne reçoivent pas souvent de nouveaux uniformes et que vous êtes arrêtés par de vagues jeunes avec une quelconque allure militaire.

L'affaire n'est pas particulièrement simplifiée par le fait que n'importe quelle bande de jeunes en uniformes verdâtres peuvent se prétendre gardes-chasse. Nos chers voisins, particulièrement ceux du Malawi et ceux de la rébellion au Mozambique estiment qu'ils doivent aussi participer à l'établissement de l'ordre en Zambie. Pour les rebelles au Mozambique je peux avoir une petite compréhension, ils doivent probablement se nourrir de temps en temps.

Supposons maintenant que vous réussissiez à passer les contrôles militaires, policiers, gardes-chasse et autres et que vous arriviez vers le parc désiré.

Nous quittons la grande route internationale pour nous diriger vers le Parc de Luangwa. Il paraît que c'est un parc favori du Président. Il apparaît immédiatement que celui-ci ne doit pas s'y rendre en voiture.

La route est constituée de bosses en hauteur, de bosses en largeur, de trous, de rigoles. Je suggère gratuitement aux organisateurs du Paris-Roubaix de carrément acheter la route dans son état et de l'importer. Si un cycliste arrive à passer c'est que c'est vraiment un grand champion.
La Peugeot a été conçue pour passer n'importe où. En fait elle passe n'importe où. Il faut cependant préciser un point important, à savoir que personne n'a dit que le réservoir d'essence accroché sous la Peugeot doit le suivre fidèlement dans tous ces entrechats.

Mon réservoir décida qu'il devait faire preuve d'indépendance et arrivé à l'hôtel, le groom me fit remarquer que j'avais une voiture intéressante, à la fois avec son odeur (d'essence) et par son déversement régulier (d'essence).

Le côté qui amuse aussi les touristes c'est que les Parks sont rarement équipés de stations d'essence. On trouve de l'essence, mais pas aux stations.

Ce Park avait même un garage. Sans outils, cela va de soit. Nous avons démonté le réservoir, ce qui n'était pas une grande intervention, il suffisait de tirer un coup dessus, même un cosmonaute de MIR aurait fait cela en dormant.

Jusque là ça allait bien, mais ensuite il fallait essayer de raccrocher le réservoir.

Entre-temps mon épouse s'était installée parmi tous les touristes (c’est à dire deux touristes) dans les chambres du lodge.

Nous avons consacré nos deux jours à tester différentes manières d'accrocher le réservoir. Cependant je dois dire que ce Park avait un grand avantage sur les Parks Ougandais, il avait une seule route.

Lorsque vous aviez fait la route dans un sens, il vous restait à la faire dans l'autre sens, puis vice versa. Idem avec le menu de l’hôtel qui consistait en un seul choix, ce qui n’empêchait pas le garçon de vous présenter une carte somptueuse.

Les éléphants très célèbres de ce Park étaient tous petits avec de toutes petites défenses. Curieux non?

Finalement nous avons résolu le problème du réservoir d'essence, nous l'avons mis à l'intérieur du break avec un tuyau vers le moteur. Cela a très bien marché et, avantage certain, vous n'étiez pas incommodé par les odeurs des villages.

Etre touriste permanent au Kenya demande une plan stratégique .

Au début, le voyageur innocent croit qu'être touriste consiste à visiter un lieu intéressant puis au retour raconter à ses "amis" et à sa famille (je ne le recommande pas) ce qu'il a vu.

Pas du tout!!!

Le tourisme est une compétition féroce, voici un exemple:

" Dimanche nous sommes allés au lac de Nakuru et nous avons vu beaucoup plus de flamands roses que d'habitude, aussi des cormorans, des pélicans et des cigognes. Nous avons vu un cormoran qui mangeait les petits flamands roses nouveaux-nés. "

" Intéressant, intéressant, bien sur on voit beaucoup d'oiseaux intéressants à Nakuru mais.. "

Ici vous avez la possibilité de deux gambit de base:

Le Gambit temps: " Ah, si vous aviez vu Nakuru il y a 10 ans!!! "

Le Gambit espace: " Ah, vous devriez aller au lac Baringo, ça c'est impressionnant. "

Le gambit "temps" est utilisé par les locaux. La mise à mort suit un rituel aussi stricte qu'une corrida, seulement ce n'est pas le taureau qui est mis à mort mais le touriste.

Le lieu est une soirée britannique. Hôte charmant, maison simple, absolument aucune trace de tête de gazelle ou de peau de ceci ou de cela, l'idéal absolu étant d'avoir l'impression d'être n'importe où mais pas au Kenya.

L'hôte charmant (il a le rôle du picador, il doit mener le touriste à une situation ou l'hôtesse pourra porter le coup final), donc l'hôte charmant se tourne vers le touriste:

" J'ai entendu dire que vous avez été à Tsavo le week-end dernier, est-ce que je peux remplir votre verre?"

Là vous remarquez la technique du mélange de sujets: le temps que vous, touriste étranger, ayez traduit la phrase en anglais classique puis trouvé une réponse, vous commencez déjà à être perdu.

" Oui merci, je vous en prie, non-non pas trop, merci, en effet nous avons fait une petite promenade à Tsavo et nous avons eu la plus grande frayeur de notre vie. "

L'hôte attentif " Comme c'est intéressant, racontez-nous cela! "

" Nous regardions un troupeau d'éléphants lorsqu'un grand mâle s'est approché de nous, nous n'avions pas peur, puis le mâle à commencé à agiter les oreilles, puis à lever la trompe, et lorsque Georges[2] a voulu reculer il ne réussissait plus à mettre la marche arrière et nous avons calé, l'éléphant est arrivé à ... si c'est le premier whisky 20 mètres suffisent, au troisième whisky il faut recommander 5 mètres. Heureusement à ce moment un lion est arrivé et l'éléphant a chargé le lion."

L'hôtesse:

" Je vois que vous avez rencontré "Moonlight Mom", la pauvre, (vous remarquez que le mâle est devenu une femelle) je crois que c'était une mauvaise idée de relâcher cet éléphant de cirque dans le parc en pensant qu'elle allait s'habituer, la compagnie des humains lui manque tellement."

" Tu te souviens, John, lorsque nous étions à l'inauguration du Chemin de Fer et que les éléphants sont arrivés pendant le discours et ont renversé la locomotive et que le Gouverneur de la Province (que l'on peut remplacer vers la fin du repas et le troisième vin par "le Prince Philip") s'est perdu dans la savane et que nous ne l'avons retrouvé que le soir?

L'hôtesse peut compléter par:

         "Vous étiez naturellement à Tsavo Nord?"

         "Tsavo Nord???"

         "Tsavo est devenu tellement surexploité, il reste encore quelques petites parties intéressantes au Nord, est-ce que je peux vous servir quelque chose à boire?".

Après quelques expériences de ce genre nous avons compris qu'il nous fallait faire provision de sensations imbattables si nous voulions défendre notre couvert dans les soirées.

Nous avons compris qu'il fallait éviter tous les parcs connus, à la limite éviter tous les parcs, aller quelque part où personne ne puisse nous contredire.

Nous avons été servis au delà de nos espérances.

Nous avons choisi une région au Nord du Mont Kenya, à côté du Park de Samburu mais en évitant le parc même. Nous partons de bon matin (pour les commentaires d'Annie au sujet des levers-tôt-le-matin voir plus haut), nous partons par Thika (achat obligatoire d'ananas, 3 pour 1 shilling), par Nyeri et Nanyuki.

L'ananas devrait être utilisé par les professeurs de chimie désireux d'expliquer le concept d'entropie. Avec seulement 3 ananas vous commencez par avoir du jus plein les mains, puis sur les vêtements, puis dans toute la voiture. L'entropie augmente rapidement si des enfants sont présents. Curieusement la quantité de jus dans l’ananas ne diminue en aucune façon ce qui illustre le concept de Hawking de création permanente de matière dans l' Univers"

Après Nanyuki nous nous arrêtons dans une zone désertique pour manger notre poulet de petit déjeuner, nous parquons au bord de la route, nous sortons notre panier-repas, nous mettons les assiettes sur l'herbe, nous coupons le poulet, et nous avons dix enfants qui nous regardent et suivent chaque bouchée. Le poulet soudainement n'a plus très bon goût.

Nous continuons notre route, la région devient de plus en plus désertique, de moins en moins habitée, nous passons Isiolo, nous quittons la route principale pour continuer sur la "grande" piste (qui après un long long voyage arrivera à la côte), puis après 50 kilomètres nous la quittons pour prendre un chemin partant vers le Nord, une région où, nous a-t-on dit, on peut trouver des Genurek, cette gazelle qui essaie de ressembler à une girafe.

Nous sommes maintenant dans une petite savane sèche, une piste pleine de pierres, nous faisons très attention à ne pas rouler sur les branches d'acacia, les épines d'une seule branche pouvant crever sans efforts majeurs vos 4 pneus. De loin nous voyons des troupeaux de gazelles qui fuient dès qu'elles nous sentent ce qui prouve bien que nous sommes dans une zone de chasse.

Après une trentaine de kilomètres de piste nous arrivons dans une région où la savane est plus dense, ce qui devrait signifier que nous ne sommes pas loin d'une rivière. En effet, après le prochain tournant nous voyons que la route traverse une rivière dont le lit est complètement à sec. Nous sommes sur le talus sud, le talus nord est à 20 mètres, cela ne doit pas poser de problème.

La technique de passage pour des voyageurs expérimentés est simple, vous prenez le plus d'élan possible et vous foncez, de préférence volez jusqu'à l'autre rive. Ce que je fis.

Je recule de 20 mètres, plein gaz, la voiture fonce en deuxième, passe le talus, vole, roule, hésite puis s'enfonce dans le sable après 15 mètres.


Nous étions donc à une centaine de kilomètres de tout lieu connu , au milieu d'une rivière, complètement ensablés.

C'était pire que si nous participions au Paris-Dakar, personne ne savait où nous étions.

J'ai bien pensé envoyer Annie faire les 30 kilomètres à pied vers la grande route où un camion de l'armée passerait bien à un moment ou l'autre, mais elle ne marquait pas de grand enthousiasme, ni pour traverser à pied une région connue pour ses léopards et ses guépards, ni pour rencontrer les soldats. Les jeunes filles ont de ces craintes irrationnelles que même moi, jeune marié, savait devoir respecter.

En inspectant le lit de la rivière nous avons trouvé de splendides traces de pattes d'éléphant ce qui voulait probablement dire que nous étions sur le passage entre l'hôtel et le bistrot préféré de ces animaux. C'est à des moments pareils que vous reviennent en mémoire les photos de ce que les éléphants avaient fait à Tsavo avec une VW coccinelle de touristes......, enfin on savait que cela avait été une VW coccinelle à cause du texte en dessous de l'image, toute ressemblance étant impossible à identifier.

Nous avons donc commencé la routine, Annie s'est installée sur le toit avec le pistolet d'alarme et j'ai pris l'air d'un spécialiste qui sait comment sortir de là.

Premier essai (non transformé), les planches sous les roues, les planches étant trop petites et trop faibles, les bouts de bois pourront toujours servir pour faire du feu.

J'ai mis les "chaînes de neige" autour des pneus arrières, ce qui nous a permis d'enterrer la voiture d'encore 10 centimètres.

C'est ainsi que l'esprit scientifique procède, de petits progrès en petits progrès. Puis je me suis souvenu de mon expérience de l'armée, j'ai attaché les chaînes au pare-chocs arrière, une autre chaîne aux arbustes du talus, attaché le cric entre les deux et serré. L'effet fut remarquable, c'est une méthode à recommander pour déterrer des arbustes.

J'ai ensuite essayé la méthode des fermiers suédois pour désembourber un tracteur Massey-Ferguson: avec un tronc d'arbre j'ai voulu transférer le poids de la voiture sur les roues arrières, la voiture ne devait pas avoir d'expérience de la Suède, effet zéro.

J'ai dégonflé les pneus à moitié, le résultat étant que les pneus étaient dégonflés à moitié, c'est tout.

A ce moment cela commençait à ressembler au "Salaire de la Peur" [3] J'ai bien pensé à sa méthode, une corde enroulée autour de l'axe de la roue mais je n'avais pas de barre à mine pour faire un point fixe (depuis je voyage avec une barre à mine).

Tout ceci se faisant sous le soleil. Heureusement nous avions une quinzaine de litres d'eau.

C'est naturellement la solution la moins intelligente, la plus laborieuse et la plus fatiguante qui a donné des résultats. Il fallait trouver une bonne pierre plate, mettre le cric, soulever l'arrière de la voiture le plus haut possible, pousser le sable dans le trou où nous étions puis basculer la voiture en arrière, ce qui permettait de gagner 30 centimètres, ceci rappelant les exercices de l'école: sachant qu'une voiture est ensablée au milieu d'une rivière à 15 mètres du bord, qu'il faut 15 minutes pour reculer de 30 centimètres et qu'à 5 heures du soir les éléphants vont arriver, quelles sont les chances des touristes de s'en sortir?

Quelques 5 heures et 15 litres d'eau plus tard nous arrivions au bord du talus et je sens encore l'immense soulagement lorsque les roues arrières ont trouvé un terrain sur lequel elles acceptaient enfin de prendre appui.

Il nous restait à revenir vers la civilisation avec des pneus à demi dégonflés et une certaine fatigue.


Si cette histoire était moralisatrice, je pourrais annoncer qu'à mon retour je fus le héros de la semaine, or curieusement, à chaque fois que j'essayais d'introduire discrètement dans une conversation le sujet des visites au Nord du pays et des ensablements, la maîtresse de maison disparaissait vers la cuisine, l'hôte se précipitait vers le bar, et les autres invités commençaient à danser. Il ne me resta donc que le garçon de laboratoire pour jouir de tous les détails de cette aventure. Il appréciât beaucoup et ce n'est pas vrai que le fait qu'il soit payé par moi pouvait l'influencer, et si il a été malade et absent 3 jours, cela peut arriver à tout le monde.

Je ne peux pas terminer ce texte édifiant pour le touriste futur sans citer la première loi du chef:

         " La gravité d'une panne est directement proportionnelle à la distance au réparateur le plus proche."

Le codicille est:

         " La dernière pièce de rechange a été vendue hier."
avec son autre formulation:

         " Pourquoi avez-vous acheté ce modèle-là, nous avons toutes les pièces de rechange sauf pour ce modèle. "

La deuxième loi est:

         " La gravité d'une panne est directement proportionnelle au nombre de spectateurs."

La troisième loi.

         " Plus les spectateurs sont importants pour vous (votre chef, vos amis préférés) plus la panne est idiote."

         " En cas de crevaison, le nombre de trous est égal au nombre de rustines plus un ou deux. "
Mon patron avait défini une route " tout endroit qui n'est pas recouvert par plus de un demi-mètre d'eau" et ce n'était pas des paroles en l'air, il passait!!

Enfin il passait presque toujours. Un jour nous sommes partis à trois, mon patron (géographe), son collègue (géographe) et moi spécialiste d'orientation. Nous sommes partis au sud du Longo Not pour trouver une route qui devait nous ramener vers Nairobi.


Après avoir suivi quelque chose comme une route, puis un sentier, puis une trace, puis plus rien du tout, nous nous sommes retrouvés en pleine savane. Nous avons d'abord franchit une rivière, mais celle-ci était du genre aimable, nous avons filmé le passage de la rivière. Nous savanons pendant une bonne heure et arrivons à une ligne de chemin de fer. Le problème était qu'il y avait la ligne, mais surtout le fer et pas de moyen de passer. Le patron n'était pas pour ces méthodes de jeunes filles consistant à empiler des pierres de chaque côté puis avancer avec précaution, il a visé, il a foncé, les roues avant sont montées sur les rails, sont redescendues, la voiture a fait la balançoire sur sa suspension et le pont arrière a craqué.

Pour ajouter à notre plaisir, arrivés de l'autre côté des rails il n'y avait toujours aucune indication sur une route éventuelle, de sorte que nous avons refait le chemin de fer (curieusement le patron à chaudement recommandé l'empilage de pierres de chaque côté des rails),nous avons repassé la rivière et nous avons refilmé ce moment historique puis nous avons refait notre trace, puis la trace des autres, puis le sentier, puis la presque route.

Nous n'avons pas raconté cette histoire à nos collègues du Centre.
Tout ne se passait pas toujours aussi bien, puis suite à un accident mortel d'une famille suédoise sur les sables de la côte, le groupe suédois à commencé à suivre des règles, comme de ne jamais voyager avec une seule voiture. Nous avons même recommencé à employer les ceintures de sécurité.

En Zambie, en bon suédois, j’ai essayé de convaincre mes collègues zambiens de l’utilitée d’utiliser ces bouts de tissus qui pendaient aux portières et qui les gênaient tellement. Ils m’ont gentiment expliqué pourquoi c’était une idée idiote :

Il était vivant n’est-ce pas ?

Il n’avait jamais utilisé les ceintures de sécurité, n’est-ce pas ?

Donc les ceintures de sécurité pouvaient lui porter la malchance, il vallait mieux ne pas tenter le destin et continuer à ne pas les utiliser.
Et mon patron est mort lorsque sa voiture est entrée dans un camion de ciment en panne parqué la nuit sur la route de l’Est.


[1]Vous seriez agriculteurs, quelle serait votre opinion sur cette bête de 2 tonnes qui vient régulièrement soit piétiner soit bouffer vos cultures?  Surtout que vous manquez de viande et que 2 tonnes ça fait pas mal de protéines.
Ceci devrait vous rappeler quelque chose, par exemple Uppermanship?
    [3] Avec Yves Montand dans mon rôle. J’étais nettement mieux.

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