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Ouganda


Notre premier (et je crois dernier) grand voyage fut vers l'Ouganda et ses parcs merveilleux.
Ceci était possible car Annie et moi, travaillant pour l'Université avions nos 2 mois de vacances en été, vacances que nous passions à explorer l'Afrique de l'Est.
L'Ouganda était le pays de toutes les envies, le pays le plus développé, le plus avancé, le plus intellectuel, ainsi l'université la plus célèbre était celle de Makerere à Kampala, alors que l'Université de Nairobi n'était encore qu'une petite université provinciale.
Je suppose que si nous avions eu une bonne culture politique nous aurions déjà pu prévoir les malheurs qui allaient tomber sur l'Ouganda, mais, de notre temps, l'Ouganda était guidé par Milton Obote qui paraissait aussi nécessaire que Kenyatta ou Nyerere.
Nous partons en saison sèche (et froide) de Nairobi dans notre Kombi dans laquelle nous allons vivre pendant deux semaines.
Arrivé à Kericho je découvre naturellement que j'ai oublié les clefs de notre maison et nous devons passer la nuit dans le jardin de l'intendant de la Station de Recherche (en vacances), le seul ami étant le garde de nuit qui nous a réveillé au milieu de la nuit pour nous demander ce que nous faisions là.  Ceci contredit l'opinion parfois admise que les gardes, la nuit, dorment.  Dormir à Kericho en juillet, à 2200 mètres, ce n'est pas chaud, même en empilant les couvertures sur soi. Les couvertures locales étaient telles que vous ne risquiez pas de mourir d'excès de chaleur.
Dormir dans la Kombi n'était pas un grand problème, à l'arrière il y avait deux banquettes face à face, position idéale lorsqu'on a des enfants qui préfèrent de beaucoup jouer aux cartes que regarder le paysage, Donc dormir n'était pas un grand problème à part quelques détails dont:
La banquette fait 1,50 mètres, il me restait donc 20 cde corps humain à caser quelque part.
La banquette penche vers le dossier, ce qui devrait être idéal, malheureusement vous vous réveillez avec la sensation que votre colonne vertébrale a été transformée en tire-bouchon.
Un certain usage de la voiture avait crée des vallées et des collines dans les banquettes, avec un peu de chance ces vallées correspondaient avec votre anatomie, sans cela...
De Kericho, qui est un paradis, même si c'est parfois un paradis un peu froid, nous descendons vers la vallée de Kisumu, vallée qui fait déjà partie de l'ensemble du lac Victoria . La vallée est chaude, humide, idéale dit-on pour la culture de la canne à sucre.  Je fais remarquer aux touristes futurs que la canne à sucre et le tourisme ne vont pas bien ensemble.
La vallée est aussi le centre de la tribu des Luo.  Les Luo sont physiquement très différents de la tribu dominante du Kenya, les Kikuyu. L'opposition, qu'elle soit parlementaire ou non parlementaire, se centrait sur les Luo et leur vieux chef Odinga-Odinga. Pour nous simplifier la vie on nous avait dit que si le nom de famille commence par un "0" alors c'est un Luo.
Mon premier vulgarisateur me racontait que la vulgarisation agricole en terre Luo était très difficile, donnant des dialogues du type:
Ø     Tu vois comme ton mais pousse mieux si tu suis les méthodes que nous montrons?
Ø     Ndijo (oui en swahili, ce qui est absurde puisque les Luo préfèrent ne pas parler Swahili)
Ø     Alors est-ce que tu es convaincu que cette méthode est meilleure?
Ø     Ndijo.
Ø     Alors veux-tu que nous installions un champs chez toi pour essayer ces méthodes ?.
Ø     Merci beaucoup grand chef, mais fais le plutôt chez mon voisin, lui il est très riche et sera intéressé.
Les villages Luo étaient très intéressants, très organisés et pour nous un peu compliqués à comprendre.  Le chaume du sommet du toit était tressé d'une manière différente suivant que la maison étak occupée par le Chef de famille, la première ou seconde épouse, des jeunes filles en âge d'être mariées.
Pour moi, qui n'étais qu'agronome de vulgarisation, je voyais sans plaisir cette vallée qui était pleine de maladies, des maladies très graves telles que la lèpre, les ulcères sur les jambes et partout les mouches, et rien que je ne puisse y faire.
Venant des climats froids de Nairobi et de Kericho c'était un soulagement d'arriver sur l'autre bord de la vallée, de remonter vers la fraîcheur et les terres rouges granitiques de Busia.
Busia était la fin de la route en goudron, le début de la poussière rouge, jusqu'à la frontière avec l'Ouganda.
Pour passer le poste frontière de Busia il fallait bien viser son créneau de
manière à ne pas arriver à:
·     la pause de midi (2 heures)
·     la pause du breakfast
·     la pause thé (multiples)
·     le temps où le douanier faisait ses achats.
·     le jour où le douanier était "à l'hôpital  ".
Pour compliquer les progrès les Gouvernements du Kenya et de l'Ouganda ont toujours eu des relations fraternelles et il se passait parfois deux semaines sans querelles.. En général les grandes colères venaient des vols réciproques de bétail sur la frontière Nord.  L'Ouganda se plaignait, non sans raison, que c'était tout de même étrange que ses importations arrivées jusqu'au port de Mombassa (Océan Indien) n'en bougeaient plus depuis 6 mois, et alors, pour bien marquer son mécontentement, fermait la frontière pour 24 heures.
Ca devait être notre jour de chance, car nous sommes passés en deux heures.  Nous avons du payer le droit de passage habituel, à savoir transporter quelques cousins éloignés jusqu'à la prochaine ville.  Comment dire non?  C'est en tout cas préférable à transporter des soldats avec leurs mitraillettes Sten qui partent au moindre choc.
Dès l'arrivée vers la frontière de l'Ouganda le monde changeait.  Les femmes portaient la robe qu'on dit imposée par les missionnaires, la "Victoria dress" couvrant bien du haut en bas, avec des épaulettes très marquées.  C'était merveilleusement beau.
En Ouganda la nourriture est variée. Vous pouvez manger un kilo de bananes ou deux kilo de bananes ou trois kilo de bananes, c'est à vous de choisir. Naturellement pas question de manger de la banane pour européen, il s'agit de banane bouillie. (savoir si kilo prend un "s" cela se discute).
http://www.inibap.org/
Venant du Kenya, nous étions étonnés par les décorations peintes des maisons et les petits jardins fleuris qui les entouraient.  Chez nous au Kenya, si ça ne se mange pas, ça ne se cultive pas.
Comme tous les touristes nous voulions aller là où les autres touristes ne vont pas, nous voulions donc aller vers le Nord, vers le Karamoja et si possible atteindre le Parc à la frontière du Soudan, sans raison aucune, ce sont les mêmes animaux..
Le Nord n'est pas la partie la plus développée de l'Ouganda, c'est un peu la partie abandonnée.  Vers le Nord nous entrons dans des terres sèches, des agricultures de survivance, des populations vivant de l'élevage (et de vol de l'élevage du voisin qui malheureusement se trouve être au Kenya).
L'Ouganda, de ce temps-là, était le pays qui faisait envie au Kenya, mais aussi un peu le pays qui faisait peur aux touristes, déjà. Je croîs que tout le monde avait un peu peur des forces armées 'spéciales" (au Kenya ces forces armées existaient aussi sous le nom de G.S.U.).
On nous avait bien dit de ne surtout jamais dépasser une colonne militaire, car, le soldat ayant l'esprit facétieux peut trouver amusant de vous lâcher une rafale de mitraillette pour vous remettre à votre place.  Naturellement, la première chose que nous rencontrons est une colonne de véhicules militaires qui se traînait sur la route, même ma voiture trouvait cela lent.  Nous avons poussé la pédale des gaz à fond et lorsque nous avons dépassé le dernier camion, un grand ouf de soulagement.
Le vol de bétail entre les populations du Nord de l'Ouganda et du Nord du Kenya était un phénomène classique durant depuis des centaines d'années. parfois ce n'était pas du vol, ainsi une famîlle pouvait récupérer sa 'dote" pour diverses raisons.
Les vols n'ont commencé à prendre leur caractère dramatique que lorsque les groupes spéciaux de l'armée et les hommes d'affaire s'en sont mêlés.
Nous nous étonnions de voir que les hommes marchaient en tenant à la main un petit tabouret correspondant très bien au tabouret à trois pattes que les fermiers d'Europe employaient pour la traite des vaches.  Ce petit tabouret ne servait pas principalement à s'asseoir dessus, mais à y poser la tête pour protéger la coiffure très compliquée.  A quelques dizaines de kilomètres de Moroto nous avons osé nous arrêter pour demander à un homme si nous pouvions prendre des photos de sa coiffure.
Prendre des photos, surtout en Ouganda, est un acte téméraire.  Prendre une personne en photo serait "voler son âme' - curieusement le paiement d'une somme de 5 shilling rétablissait l'équilibre.

Video de l'Ouganda et ne me demandez pas pourquoi elle est si sombre

Ouganda

Prendre des photos était aussi dangereux parce que vous ne pouviez pas savoir si ces buissons étriqués en arrière plan ne cachaient pas quelque secret militaire, de toute façon qu'est ce qui empêchait un militaire (en civil) de passage de déclarer que "ceci est zone militaire " et de vous confisquer votre appareil photo et votre passeport, l'appareil photo n'étant jamais revu, et le passeport n'étant retrouvé qu'après un très long voyage et beaucoup de palabres.
Cela devait m'arriver le lendemain lorsque j'observais aux jumelles un troupeau de vaches sans faire attention au fait que ce troupeau était convoyé par un garde, garde provincial, garde forestier, en tout cas un garde armé qui exprima fortement son désir d'appliquer le règlement cité précédemment, son argumentation étant fortement renforcée par le fait qu'il était armé.
Nous devions être jeunes et insouciants car nous avons pris des photos du passant avec sa coiffure magnifique.  C'était un peu comme une coiffure 'afro' qui aurait été recouverte d'argile, et disant argile, c'était peut-être plus que de l'argile .  L'habillement était simple et élégant, consistant en une couverture, de préférence rouge, allant des épaules à mi-fesse, ce qui, nous devions le constater, simplifiait les problèmes d'hygiène.
Ayant pris les photos sous tous les angles nous nous disons que nous devrions payer quelque chose, et, encore notre manque d'expérience, nous donnons un 'billet" de 5 shilling à ce monsieur, sans réaliser que pour lui, de l'argent, ce sont des pièces de monnaie sonnantes et trébuchantes. Il est parti, tenant à la main ce bout de papier et se demandant avec perplexité pourquoi nous lui avions donné un bout de papier ?
A Moroto, après un déjeuner dans l'hôtel de la ville (il y avait un hôtel et même un terrain d'aviation) de chèvre et de banane plantain nous devons rebrousser chemin car il n'y a pas d'essence et le parc est encore à 200 kilomètres.
Nous devons donc retourner vers la grande route principale, la route des esclaves, celle reliant le lac à la côte,
En passant nous admirons le barrage de Jinja (Les chutes d'Owen, nom curieux, je suis souvent tombé dans la vie et personne n'a pensé à immortaliser ce lieu en lui donnant mon nom, à rectifier), à 50 kilomètres de Kampala, barrage bâti sur la sortie des eaux du lac Victoria, des eaux pressées d'entamer leur long voyage qui les mènera par le Soudan et l'Egypte vers la Méditerranée.  C'est ce barrage qui alimentait en électricité à la fois l'Ouganda et parfois le Kenya (ce qui permettait à l'Ouganda de retirer la prise lorsqu'ils avaient quelques sujets de mécontentement) et qui permit la construction de l'usine d'engrais phosphatés de Tororo. Je crois qu'on peut dire raisonnablement que c'est là que se trouvent les Sources du Nil, car aller remonter un petit ruisseau au Burundi et dire que ceci est la vraie source du Nil, cela ne fait pas sérieux (mais attire les touristes).
Voyager de Moroto au Parc national de Murchison, en une journée, c'est un peu beaucoup pour ma voiture et moi-même, nous nous sommes donc arrêtés pour la nuit au camping de Entebbe.  C'est donc en connaisseur que je peux parier des moustiques de Entebbe, autant que je puisse en juger ils avaient adopté la méthode du "Big Wing de Lee-Mallory " de la seconde guerre mondiale car ils attaquaient en formations parfaitement organisées.
Entebbe était la capitale administrative de l'Ouganda (comme Machakos, à 30 km de Nairobi qui a été la capitale du Kenya).  Entebbe est au bord du lac Victoria.  Vous avez à ce sujet deux catégories de touristes, celle qui craint les -moustiques-bilharzia-crocodiles et celle qui préfère la fraîcheur de l'eau à la peur des homnivores.
Kampala était encore une petite ville, le grand hôtel dans lequel nous avions encore les moyens de nous offrir un café s'appelant modestement "l'Appolo " je n'ai jamais réussi à me souvenir si c'était avec deux "p" ou deux "1".
De Kampala nous remontons vers le Nord Ouest et le parc national " Murchison ". Nous avons l'intention d'aller loger dans le camping du parc et nous savons que les grilles se ferment à 6 heures du soir.
Le temps passe, le temps passe, nous arrivons en vue du parc, il doit être 5 heures et demie, tout justement l'heure préférée d'un gros éléphant mâle avec d'énormes défenses pour s'installer sur la piste menant vers l'entrée.  Il était nettement irrité de voir que nous n'étions pas au courant des habitudes locales, les oreilles allaient d'avant en arrière, la trompe montait de temps en temps, tous les livres vous diront que ce n'est pas bon signe.  Nous étions pris entre la peur de l'éléphant, la faim et la fatigue.  Finalement nous avons pris notre courage à deux mains, engagé une prudente première vitesse en essayant de nous rappeler qu'il y a aussi une marche arrière et avancé vers l'éléphant.  A ce moment il s'est souvenu qu'en fait c'était l'heure de l'apéritif avec les copines éléphant, et lentement, en marche arrière, il a quitté la route et nous avons pu foncer jusqu'au lodge.


Je ne sais pas si notre arrivée au lodge était un élément de satisfaction pour le propriétaires.  Déjà sur la première demande, à savoir si nous avions des réservations et que nous répondions que nous allions loger au camping, tout sourire disparaissait. Il faut dire que dans notre habillement très safari fatigué, nous donnait l'air d'être très exactement ce que nous étions, des voyageurs qui allaient dépenser le moins possible.
Ce qui n'arrangeait rien, c'est qu'une fois installés au camping (où est l'eau, où sont les toilettes), nous retournions au lodge manger.  C'était le système du menu, un menu immense.  On pouvait tout prendre, et nous prenions tout, pour la somme énorme de 15 shillings par personne.  La chambre devait être à 250 shillings.
Après le repas nous étions assis sur la terrasse, soit ayant une tasse de café à la main, soit dans les jours de grandes festivités, un "drink".
En Ouganda, pour combattre les distilleries clandestines qui produisaient souvent de l'alcool méthylique entraînant de nombreux cas de cécité, le Gouvernement avait popularisé un gin national appelé "Waragi" qui en effet avait un certain rapport avec le goût du gin, mais faisait surtout penser à l'alcool des lampes à brûler, mais avec un gros avantage, il était très bon marché et bien mélangé avec des sirops on ne remarquait pas trop sa présence.  Le résident vraiment snob n'hésitait pas à offrir à ses invités des cocktail au " waragi ".
Assis sur la terrasse, certains soirs nous voyons passer à 10 mètres des éléphants indifférents, quelques antilopes attardées, et tous les petits animaux pilleurs qui venaient vider les assiettes de cacahuètes.
Puis, au revoir le luxe, c'était le retour au camping.

Notre système de camping était simplifié au maximum.  On parquait la voiture, on sortait tous les bidons d'essence et d'eau, on tirait les rideaux pour avoir l'impression d'être chez soi et on se couchait sur les banquettes arrières en espérant ne pas se réveiller trop tordu et courbaturé.  Nous accrochions aux branches deux lampes à pétrole pour y voir un peu clair si nous voulions sortir en pleine nuit.  Ces lampes sont très bien, à un détail près, elles ne brûlent pas toute une nuit, même lorsque la mèche est la plus courte possible.
D'autres campeurs utilisaient des modèles de tentes plus ou moins améliorés, un campeur isolé utilisait tout simplement un sac de couchage sous un petit toit en branchage, ce qui, vu les habitudes nocturnes des lions, me semblait assez courageux.
Ainsi donc la première nuit commence, je dis que la nuit commence car, vers minuit nous nous réveillons en sursaut : bruits mystérieux.  Cela donnait à peu près:
Ø     Plouf,
Ø     plouf,
Ø     plouf,
Ø     scrunch,
Ø     scrunch,
Ø     scrunch,
Ø     puis la séquence recommençait.
Nous soulevons les rideaux et constatons qu'il fait noir, ce qui en soit n'est pas mal mais gène pour observer.  Le bruit continue autour de la voiture.
Raisonnement logique, si il fait noir, avec de la lumière on doit voir quelque chose ?
Donc nous sortons la lampe torche.  Toute interprétation tardive de Annie selon laquelle j'aurais été incapable de trouver la lampe tellement ma main tremblait est dénuée de tous fondements.  Enfin j'arrive à identifier quelque chose, à savoir un gros point rouge dans le faisceau de ma lampe, point rouge qui à ce moment fait:
Klink l!!!
Une étude prolongée des contours du point rouge montre que l'oeil (rouge) était entouré d'un hippopotame, lequel avait décidé que l'herbe du camping, spécifiquement l'herbe autour de ma voiture, lui rappelait la nouvelle cuisine genre Bocuse et il appréciait en connaisseur.  J'étais légèrement moins satisfait qu'a chaque parcours autour de la voiture il estime nécessaire de marcher sur mon réchaud à charbon, mais, si vous avez vu les réclames pour la samsonite, le "fundi africain" devait être de la même qualité ou avoir vu la même réclame car le lendemain il était tout aussi utilisable.
Le camping devait être au moins à 2 kilomètres de la rivière et 200 mètres plus haut.  Il parait que pour un hippopotame ceci est considéré comme une petite promenade, surtout si la promenade peut se terminer par un "en-cas'.
Après une heure nous avons décidé que l'hippopotame était parfaitement capable de se débrouiller lui-même et nous nous sommes rendormis.
La nuit suivante fut calme et tranquille, sauf Annie exprimant des doutes répétés sur l'effet de la promenade de nuit vers les toilettes (une hutte en branchage) où selon elle les possibilités suivantes devaient être prises en considération:
·     un lion (serpent) était dans les toilettes
·     un lion attendait sur le chemin de retour des toilettes (pourquoi pas sur le chemin de l'aller?).
Moi-même je n'ai jamais eu ces craintes, par politesse j'allais aux toilettes après Annie.
Donc nuit paisible, réveil assez tard vers 5 heures du matin, on ouvre le toit, je sors la tête, je regarde la tente de mon voisin, la lumière avait encore cette qualité gris noir où vous croyez qu'il fait jour mais ne voyez rien, cette tente de mon voisin avait un aspect bizarre.  Quelques minutes passent, la lumière devient utilisable et nous voyons que la tente consiste en fait de:
·     Une tente américaine en bon état de fonctionnement.
·     Une tête entière d'éléphant en bon état de fonctionnement dans la tente.
·     Un corps d'éléphant en dehors de la tente.
·     Si nous avions eu le regard de Superman nous aurions vu à l'intérieur de la tente un couple américain dormant du sommeil des justes (est-ce un pléonasme si on parle d'américains?).
L'éléphant a commencé par trouver que la journée commençait bien, ayant trouvé dans la tente des bananes (il est marqué sur toute la route qu'il est interdit d'amener des bananes au parc).  Puis poursuivant un raisonnement logique, il se dit que si il y a des bananes dans la tente pourquoi il n'y aurait pas de bananes dans le sac à dos-?  Un mouvement de la trompe et voici l'éléphant qui sort sa tête de la tente avec au bout de la trompe le sac à dos.
5 heures du matin, l'éléphant a senti une odeur de banane ou de tralers check.
L'éléphant confirme son intuition en entrant dans la tente. Les tenteurs dorment.
Alors que cela commençait a devenir intéressant le gardien vient tout gâcher.
Dégoutté l'éléphant s'en va mais vraiment les américains manquent d'humour.
Même si on est dégoutté, rien ne vous empêche de goûter la poubelle, non ?

This is the video of the same event
But sorry, the quality is horrible

I believe you click on the
area just below.

Plus rien d'amusant, Annie rentre dans la voiture et moi j'en sort.

Ici doit intervenir une explication technique qui peut-être ennuyante, à savoir comment ouvrir une fermeture éclair si vous êtes éléphant.  Vous choisissez un arbre avec un tronc rugueux et de petites branches ( que nous appellerons objet "A' pour simplifier) qui dépassent, vous prenez le sac (que nous appellerons objet 'B" pour simplifier), ensuite vous frottez l'objet 'B" et vous lui faite décrire un mouvement ascendant et descendant contre l'objet 'A", le lieu de l'objet "B" étant une ligne droite irrégulière (démontrer le théorème inverse).  Une étude intéressante permettrait d'établir lequel des deux objets "A" au "B' va subir des modifications.
En l'occurrence, ce qui a subi des modification c'est le propriétaire américain, qui, sortant paisiblement la tête de la tente pour admirer le soleil levant constata une modification de l'équilibre de ses possessions à savoir:
·     il était devenu copropriétaire d'un éléphant.
·     l'éléphant était devenu copropriétaire de son sac à dos.
Notre voisin américain se précipite vers l'éléphant (ou le sac, les opinions divergent) et nous avons pu assister a un spectacle de danse moderne digne de l'Opéra Garnier, à savoir:
·     un éléphant tournant en rond, je crois que cela s'appelle techniquement des pirouettes) avec un sac au bout de la trompe.
·     un américain faisant des bonds (serait-ce techniquement des battus ou des entrechats?" pour récupérer son sac.
·     Un public enthousiaste qui restait respectueusement immobile et silencieux pour ne pas gêner.

Puis l'éléphant à remarqué le campeur en sac de couchage et a estimé qu'il était temps de changer de distractions.
Dans l'analyse après événement avec le couple américain, lorsque nous demandions ou il avait trouvé le courage d'initier des actions que l'éléphant, dans sa jugeote limitée, aurait pu prendre pour hostiles il s'est avéré que le sac contenait:
·     les chèques de voyage.
·     les lunettes.
Ceci devrait faire plaisir aux organismes chargés de faire la publicité des chèques de voyage.
Le spectacle s'est interrompu par l'intervention du garde du camping qui chassa tout simplement l'éléphant avec des pierres et nous informa que nous venions de faire la connaissance d'une des deux pestes du parc, celle-ci étant "Dustbin Nelly', en tout point semblable à Calamity Jane.
Un résumé video de l'action:

Nous nous remettons de nos émotions par un petit déjeuner léger (oeufs, bacon, pain, café)  la cuisson étant un peu différente du fait des modifications apportées par l'hippopotame à notre "fundi"
Pour les voyageurs je recommande l'utilisation du "feu suédois", à condition d'avoir accès à de l'alcool à brûler et d'être capable de résister à la tentation d'utiliser de l'essence lorsque vous êtes à court d'alcool.  Ce petit feu de camping est construit de telle manière qu'il est capable de faire bouillir de l'eau en 5 minutes ou de griller vos oeufs et saucisses comme si vous étiez à la maison.
Le parc de Murchison est situé au bord du lac Albert, le long du Nil avant qu'il se jette dans le lac.  Quelques kilomètres avant d'arriver au lac vous trouverez les magnifiques chutes de Murchison.  Nous ne sommes pas les seuls à trouver ces chutes magnifiques puisqu'il semble que tous les crocodiles de la région ont décidé que c'est le lieu idéal pour venir se reposer.
Vous achetez au lodge votre billet pour la visite de la rivière et on vous invite à risquer votre vie dans une barge à moteur qui doit flotter à 50 cm au-dessus du niveau de l'eau, ce qui semblerait indiquer soit que les crocodiles ne savent pas sauter hors de l'eau, soit qu'ils ne voient rien au dessus du niveau de l'eau.
Vous passez en bateau, parfois le barreur se rapproche d'une berge où vous, le touriste, ne voyez rien, puis quand à trois quatre mètres du bord il fait ronfler le moteur, soudainement une famille de crocodiles se précipite dans l'eau juste sous le bateau.
De ce fait lorsque les crocodiles sont à gauche, tous les touristes sont à gauche, puis lorsque les crocodiles sont à droite, tous les touristes sont à droite, la barge suivant le mouvement en penchant dangereusement à gauche puis à droite.
Le Nil avec ses habitants sympa
 Les habitants moins sympa.
Hostile ou amical ?
Les chutes de Murchison
Les hippopotames sont partout (et nulle part), vous avez devant vous une surface d'eau calme et plate puis 5 minutes plus lard émergent une dizaine de nez d'hippopotames, puis des hippopotames entiers, puis des petits d'hippopotames.  J'ai du mal à m'imaginer une vie qui puisse être plus agréable que celle d'un hippopotame, il semble n'avoir rien à faire d'autre que de se laisser flotter dans l'eau, occasionnellement ouvrir la gueule pour les photos, puis c'est tout-
Etre crocodile ce n'est pas si mai non plus, il semble que certains poissons surestiment leur capacité à descendre les chûtes de Murchison et qu'ils sont un peu mort à l'arrivée.  Un Nile Perch mort doit faire plus de 50 kg et le crocodile n'a donc qu'à ouvrir la gueule pour un bon petit repas.  Au loin vous voyez les chutes, pas beaucoup, c'est un peu comme les chutes de Victoria sur le Zambèze en Zambie où, à moins d'avoir un avion à votre disposition, vous ne voyez que 200 mètres de chutes alors qu'elles font plus de 2 kilomètres de long.
Quelques années plus tard, en Zambie, lorsque nous n'avions plus de sel, plus de beurre, plus de pain, et que nous devions recevoir des invités, nous allions prendre le petit déjeuner self service à l'Intercontinental, plus pour faire le plein que pour manger. Curieusement au bout d'un certain temps le self-service à été supprimé.

Je vais vous expliquer comment fonctionne le feu suédois. C'est simple
 Pourtant lorsque le patron le fait c'est simple.
Ce morceau là ça sert à quoi?
 Une promenade et j'ai dit à Annie qu'il est bon qu'elle apprenne à faire le feu suédois.
Après cette promenade sur le Nil un repas précédé de quelque boisson rafraîchissante semble le bienvenu.  Le repas permet aussi de faire le plein de sel et de pain pour le petit déjeuner du lendemain.
Après le Pare de Murchison nous continuons le chemin traditionnel des touristes et partons vers le sud pour le Parc "Reine Elisabeth" avec passage par Fort Portal dont nous ne nous souvenons de rien, sauf qu'il n'y avait rien à se souvenir, par contre de Fort Portal vous voyez au loin les "Montagnes de la lune', les Ruwenzori.  Nos collègues nous l'avaient raconté, et il est vrai, que plus nous nous rapprochons des Ruwenzori, plus les habitants sont petits, car nous approchons de la région des Pygmées.
Avant d'arriver au Parc 'Reine Elisabeth" en dépit de notre expérience, nous achetons un régime de bananes, ces petites bananes si délicieusement sucrées et aromatiques qui n'ont de commune ressemblance avec les produits vendus dans les supermarchés que le nom.
Le problème pour acheter des bananes c'est qu'il faut marchander, avec un ou une paysanne qui ne parle aucune langue que nous puissions comprendre et qui est si fascinée par ces blancs et leur voiture queue en oublie de vendre ses bananes.  Après maintes gesticulations il nous semble avoir compris que le prix est de 10 pence par banane, nous nous lançons dans des calculs compliqués: combien peut-il y avoir de bananes sur un régime?  Nous commençons par donner 10 pences et hop, nous recevons tout le régime de bananes.
Si il faut croire les livres historiques pour touristes, dans la région, les vieillards, lorsqu'ils sentaient venir le moment de la mort, étaient portées dans la savane, ceux qui avaient été des personnes d'importance sur le passage des lions, ceux qui étaient des gens communs, sur le passage des hyènes.  Il paraîtrait qu'une modification aurait été apportée au cérémonial pour rentabiliser la mort du vieillard.  On attend la tombée de la nuit au bord de la route, des guetteurs identifient une voilure (de préférence un Mercedes) conduite par des touristes, et au passage de la voiture on balance le vieillard sur la route, ce qui a un double avantage;
·     le vieillard est mort rapidement
·     le touriste paie, paie et paie.
L'arrivée vers le parc Reine Elisabeth est précédé de 50 kilomètres de route rouge sable en tôle ondulée.  Lorsque nous arrivons au Parc, toutes les pièces, boulons, visses qui pouvaient se détacher étaient tombées de la voiture (dont le filtre à air) et notre tête ressemblait à l'intérieur d'un tambour.  Je ne veux pas dire du mal des Kombi, mais lorsque vous réalisez que déjà sur l'autoroute Paris-Lyon elle fait tellement de bruit sur le "rainurage" qu'on ne peut pas s'entendre, vous devez vous rendre compte de ce que cela donne sur de la tôle ondulée.
L'arrivée au Parc est devenue une routine, cette fois-ci pas de retard, pas d'éléphant au bord de la route pour nous freiner, une arrivée calme et sans histoire, mais par contre, une chaleur étouffante.
Le Parc Reine Elisabeth était du genre classique où vous vous promenez en voiture sur des pistes jalonnées, si vous avez les moyens vous prenez un garde animalier avec vous car ils voient beaucoup plus que nous et savent où trouver les animaux.  Avec le garde nous trouvons les lions allongés sous des arbustes, le tas classique de lions, un lion étant couché sur un autre lion, le ventre en l'air pour essayer de se rafraîchir.  En général après avoir contemplé pendant une demie heure un tas de lions ne faisant rien, on se lasse.
En revenant au camping nous voyons un curieux match de football sur un terrain à 200 mètres.  Le jeu se déroulait normalement lorsque soudain l'ensemble des joueurs refluaient vers un but, l'origine de ce mouvement chaotique étant dû au désir d'un éléphant de participer à ce jeu.
Je regardais ce spectacle aux jumelles en souriant, puis je retourne à mon travail qui est de mettre en place le filtre à air après avoir nettoyé le carburateur.  C'est en démontant le filtre à air qu'on comprend que la Kombi est d'origine extra-terrestre, comment expliquer autrement le fait qu'il faut un bras avec trois coudes pour arriver à le démonter ? Je mets mon tapis plastique par terre, j'aligne les pièces une à une comme mon patron m'a appris à le faire, puis lorsque le filtre à air est démonté, que le carburateur le rejoint, je relève la tête et j'ai une surprise désagréable:
Finalement l'éléphant a décidé que le football était un jeu pour enfants, a abandonné cette voie de formation et a la nette intention de devenir réparateur de voitures, de préférence la mécanique des Kombi.
C'est là que l'expérience acquise montre sa valeur.
Après avoir essayé diverses "Hou, Hou, va-t-en vilaine bête', et autres injonctions, je me souviens du garde du camping de Murchison, je ramasse quelques cailloux, cours vers l'éléphant et lance une pierre.  D'un côté on peut dire que c'est désagréable que l'éléphant soit si gros, mais mon père étant champion de javelot et m'ayant beaucoup entraîné, ceci peut avoir aidé.  

Heureusement car au javelot je n'ai jamais dépassé 25 mètres. Lorsqu'il s'agit de toucher une cible, la grosseur devient nettement un avantage, à la première pierre je le touche au front et je me souviendrai toujours du bruit que cela a fait et de la question qui tournait dans ma tête:
"Et maintenant qu'est-ce que tu fais si il charge?"
L'éléphant à du se dire que la journée était sous un mauvais signe astral pour lui et a fait demi-tour.
Je crois que je suis le seul touriste à avoir chassé un éléphant avec une pierre, sans fronde, ce qui me placerait nettement dans une classe au dessus de David (et Goliath).
Au parc il était impossible de faire la sieste à cause de la chaleur, le seul moyen d'avoir un peu de brise étant de rouler avec la Kombi, les vitres de devant levées, ce qui était très bien jusqu'au jour ou nous sommes passés au-dessus d'un serpent mort qui était à ce moment le plat de résistance de mouches tsé-tsé qui, n'ayant pas apprécié d'être dérangées se sont reconverties de chair de serpent en chair humaine, et la morsure de la Tsé-Tsé fait vraiment mal, c'est la seule mouche que je connaisse qui mord sans se poser sur vous.

Nous avions trouvé un étang rafraîchissant, ombragé, nous n'étions pas les seuls, quelques centaines d'hippos s'étaient aussi installés là.  Nous voulions avoir notre photo à nous au télé objectif de l'hippopotame qui baille, photo que vous voyez sur toutes les affiches publicitaires.
L'appareil photo était un Edixa de l'Allemagne de l'Est, d'assez mauvaise qualité car après 1 5 ans d'utilisation, il a perdu une visse en Zambie, sans cesser de fonctionner cependant.
Il fallait mesurer la lumière avec un posemètre, Annie avait tout simplifié en prenant toutes les photos au 125ème, ouverture 16.  C'était parfait.
Nous étions assis à l'arrière de la voiture, appareil photo et téléobjectif sur les genoux et attendions en jouant aux cartes.  Puis Annie me disait:
"Là, il y en a un qui sort et va bailler"
Le temps que je reprenne l'appareil photo, vise, mette au point, l'hippopotame avait déjà décidé que finalement il préférait vivre avec la tête sous l'eau. curieusement en reprenant le jeu de cartes il me semblait que les cartes sur la table n'étaient pas comme avant la photo (virtuelle).  En conclusion, je n'ai jamais eu de photo d'hippopotame baillant, ni gagné aux cartes.
En revenant de l'Ouganda pas événement majeur, sauf qu'au poste frontière du Kenya, Annie a reçu un avertissement parce que son visa de retour était périmé, ce qui était très gentil de la part du garde frontière qui aurait aussi bien pu nous renvoyer à Kampala.
Nous avons aussi vu nos premiers feux de désherbage, c'est impressionnant.
Une dernière remarque avant de quitter l'Ouganda avec regret, L'Ouganda est le pays hôte de la Grue Couronnée, "crested crane", oiseau tellement beau et symbolique qu'il figure sur les timbres, peut-être même sur le drapeau, nous avons réussi l'exploit de sillonner presque tout l'Ouganda et de voir vaguement deux grues derrière des tas d'herbes et de buissons, Un nouveau record.











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