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La Maison

Pour tout savoir sur la Zambie allez sur les sites

http://www-sul.stanford.edu/depts/ssrg/africa/zambia.html

Si les 70 langues parlées en Zambie vous intéressent, pourquoi ne pas regarder ce beau site:

http://www.albany.edu/~lb527/LOZ.html


A Lusaka vous prenez la route de Cape Town, le grand axe qui va de Dar es Salaam vers l'Afrique du Sud. Si vous tournez un peu en remontant vers le Nord vous arriverez à Nairobi et Kampala, Là il vaut mieux ne pas continuer vers le Nord si vous voulez survivre.

Par contre en direction du sud, par le Zimbabwe, le Botswana, l'Afrique du Sud, le Lesotho, tout est (presque) calme.

Au sortir de Lusaka vous avez une très bonne route, puis, les années passant vous avez une route un peu moins bonne puis les années passant vous avez une route un peu moins bonne, puis une route pas bonne du tout, jusqu'au jour où un de ces joyeux bailleurs de fonds à décidé que la priorité des priorités était de construire une magnifique route de Lusaka à Livingstone.



En sortant de Lusaka vous avez une longue ligne droite de 5km. C'est là que la police s'est amusée comme des petits fous lorsque le donateur allemand leur a financé des radars pour mesurer la vitesse.  Comme personne n'avait jamais respecté la vitesse sur cette route, la récolte a été bonne; seulement l'Afrique gagne toujours, les radars marchaient sur batterie, lorsque la batterie a été plate ou utilisée pour une voiture, le radar a cessé de fonctionner.  Fin du radar.
A 5km de Lusaka on trouve les ruines du drive-in, vestige d'un temps heureux où il ne semblait pas irréaliste de parquer sa voiture le soir dans le noir.
Encore 10 km et nous arrivons à la grande ville de Chilanga, celle-ci consistant apparemment en un magasin, tenu comme il se doit par une famille indienne.  C'est à ce magasin que je me suis couvert de ridicule à mon premier achat lorsque j'ai demandé "du sel", denrée qui n'existait plus depuis des mois. Si on demande du sel pourquoi ne pas aller encore plus loin dans l'absurde et demander de la lessive !!!
En face il y avait aussi une boucherie, tenue par un "afrikaan " arrivé du Sud depuis quelque temps. Il habitait à quelques kilomètres de là avec sa femme et 14 chiens, leurs chouchous bien-aimés. Madame avait une magnifique roseraie et vendait des roses en ville
A Chilanga il y avait aussi un peu plus loin la station de police où Ackim a encore été emprisonné, désigné par un de ses voisins comme voleur de voiture alors que les vieux pneus trouvés chez lui avaient été donnés par nous
Et l'endroit le plus connu est le jardin botanique avec de très beaux arbres et arbustes, et un jardin zoologique qui fut certainement magnifique un jour, où restaient encore quelques singes, lions, crocodiles, deux pauvres ours blancs, quelques serpents et aussi Charlie, le chimpanzé qui sautait dans mes bras dès qu'il me voyait
A Chilanga, tout juste en face du magasin indien, vous tournez à droite et passez les restants de la porte d'entrée du domaine de la Station de Recherche de Mount Makulu (ce qui veut dire 'grande montagne").  Il y a d'ailleurs vraiment une colline au beau milieu de la plaine.
Une belle allée d'arbres, des jacarandas de 20 mètres de haut, conduit vers la station.  Le jacaranda c'est cet arbre merveilleux qui donne des fleurs bleue-ciel au mois de novembre, c'est aussi un arbre qui n'aime ni la sécheresse, ni le feu.  Par contre c'est un arbre qui brûle très agréablement.  Curieusement le nombre de jacarandas  avait tendance à diminuer d'année en année.
Le jacaranda est immense, son ombre est très agréable lorsque le soleil est lourd.  Le jacaranda c'est l'ombre du riche, le manguier l'ombre du pauvre.
La station de recherche ressemble à toutes les stations de recherche africaines.  C'est la décadence avec des vestiges de grandeur. Il ne reste plus de bibliothèque  puisqu'il n'y a pas d'argent pour acheter des publications.  Il n'y a pas de laboratoires puisqu'il n'y a pas de produits chimiques.  Ici et là quelques instruments performants fonctionnent encore tant que des financements étrangers arrivent, puis un jour une pièce délicate va manquer ou l'ingénieur va abandonner son apostolat sans espoir et quitter la recherche pour un travail dans le privé.
La partie "champs d'essais" continue à exister un peu, les champs d'essais devenant des champs de production pour les patrons de la station.  Au matin le où les tractoristes font le plein de mazout et partent pour le champs d'essai.  Qu'ils partent pour le champs est une vision utopique car il est nettement plus profitable d'utiliser le tracteur et le mazout pour labourer le champs de quelqu'un qui va vous payer pour cela.
Les labours se font à la charrue à disque. Ce n'est pas une erreur d'orthographe, en général sur les 3 disques d'origine, il faut être content si il en reste un.  Le tractoriste connaît seulement une technique, arrivé dans le champs il plonge soit le plus profond possible, soit le moins profond possible (les deux méthodes ont leur philosophie, moins on va profond plus le travail va vite, mais si on laboure profond on en aura pour des semaines à essayer de refaire un terrain où il sera possible de faire passer un semoir, semaines qui offrent de riches possibilités), donc il plonge son ou ses disques et fonce le plus vite possible.  Rapidement le train avant décide que ceci est une opération très désagréable, ainsi aux quatre coins de l'Afrique vous trouvez des tracteurs qui fonctionneraient volontiers si seulement ils avaient un train avant. Lorsque le pneumatique arrière est usé jusqu'à la corde, le tracteur est fini.  Où voulez-vous trouver un pneumatique qui déjà en Europe vaut 10.000 francs ?



Ensuite sur la gauche vous voyez des espèces de termitières. Ce ne sont pas des termitières mais des greniers à maïs, version station de recherche.  Tout le monde savait que sur un hectare nous étions satisfaits de produire légèrement plus de 1200 kg de grain (en Europe nous nous attendons à 100.000 kg), mais cette faible quantité doit être stockée quelque part.  Quelque part cela veut dire dans un silo villageois.  Celui-ci est fabriqué comme une citerne sur 4 pieds et faite de branches tressées recouvertes de boue séchée. Si le temps le permet le silo aura aussi un toit. Malheureusement les petits insectes s'installent très vite dans les graines,


puis arrivent les terribles rats, terribles parce que non seulement ils arrivent à manger la moitié du grain mais ils polluent aussi le grain qui reste.  Les experts du monde entier ont donc réfléchi à la question et sont arrivés à des conclusions semblables : il faut construire des greniers améliorés où les rats ne puissent pas entrer.











Les experts du monde ont une chose en commun, un mépris magnifique pour la solution des "autres experts" (des bureaucrates qui n'ont jamais vécu dans un village africain) et une immense confiance en " leur propre solution".

La solution en Zambie était le Ferrembu, objet qui recevait le support enthousiaste des Agences de Développement.  Nous construisions donc des silos de 1 000 à 2000 kg, des silos ressemblant à des termitières.  La boue séchée était remplacée par du ciment (10 à 20 sacs de ciment) les poteaux en bois par un socle en ciment, le toit par un rond hermétique en ciment.  Pour bien protéger le grain à l'intérieur il était mélangé à du "blue cross", un insecticide pratique, sans dangers et accessible.
Ce qui devait arriver arriva, quel agriculteur a les moyens de trouver l'argent pour 20 sacs de ciment?  Les femmes se plaignaient parce qu'avec ce nouveau système elle ne savait pas combien il restait de grain à l'intérieur du silo.  La Zambie devenant de plus en plus pauvre achetait de plus en plus bon marché, le célèbre "blue cross" n'était pas cher que parce qu'il était périmé depuis bien longtemps. Le fait de ne pas pouvoir regarder à l'intérieur du silo était une affaire importante car les voisins avaient rapidement découvert qu'il était possible d'emprunter du maïs du ferrembu sans que personne ne s'en aperçoive.  Le ferrembu devait donc rester un rêve d'ingénieurs.
Pour aller chez moi, vous ne passez pas par les bâtiments de la station de recherche, vous faites le tour par le sud et vous passez devant le Centre d'Elevage des Animaux Sauvages.  On dit que cela a été un centre d'élevage de gazelles, il ne reste plus rien sauf quelques pauvres vaches qui meuglent parce que cela fait trois jours qu'on oublie de leur apporter à boire.
Vous ne tournez pas non plus à gauche par la route qui se dirige vers Linda compound, vous allez tout droit vers la colline et le "guest house".  L'expression 'guest house' était parfaitement correcte à l'origine, le Gouvernement conscient que les fonctionnaires des autres stations en visite au Centre National ne pouvaient pas se payer le luxe d'aller à l'hôtel avait construit cette maison de passage.  Le manque de logements devenant un problème de plus en plus insoluble, les étudiants revenant de leurs études dans les grandes universités américaines, russes, anglaises, à leur retour se trouvaient parqués dans le guest house, avec peu d'espoir d'en sortir un jour.  Le résultat accessoire étant que les visiteurs des stations régionales n'avaient plus d'endroit où s'installer lors de leurs visites.



La solution était la solution africaine : toute personne travaillant en province découvrait très rapidement qu'elle avait des liens de parenté très fortes avec une personne à Chilanga, Linda ou Lusaka, qui elle avait encore de la place pour un matelas dans sa maison.  Le fait que cette personne exprime un peu d'étonnement sur ce lien de parenté se négociait, après tout, eux aussi devaient parfois voyager en Province, cependant comme le nombre de personnes désireuses de se rendre à Lusaka était de loin supérieur au nombre de personnes allant en Province, avoir une maison à Lusaka devenait un enfer.



A nous deux nous avions une maison qui aurait suffit à une famille africaine d'une bonne dizaine de personnes.  Au début cela nous semblait une grande injustice, mais petit à petit nous avons été africanisés et notre maison s'est bientôt trouvée nourrir et loger un bon nombre de personnes.


Notre Maison devant et derrière
Gif animé, ma maison, temps de chargement ( 5 minutes)
Nous avions la maison sur la butte la plus haute de la Station et nous étions en bout de ligne pour l'eau.  Si il y avait de l'eau (il n'y en avait pas) nous étions les derniers à en recevoir et les premiers à ne plus en avoir.
Pendant 5 longues années nous nous sommes battus pour avoir de l'eau pour nous, pour ceux qui dépendaient de nous, pour le jardin, jusqu'au jour bienheureux (que l'Agence SIDA en soit remerciée) où les suédois nous ont installé et un moteur pompe et une cuve de 6000 litres, A partir de ce jour nous avons pu vivre presque normalement.
Video du Jardin
Video du Jardin

Comme tout le monde nous avons rapidement découvert qu'une baignoire contient deux cents litres d'eau, il fallait choisir, ou boire ou se laver.  Le choix n'était pas difficile.  Par contre plus difficile est le problème pour le nettoyage du linge qui traditionnellement se fait dans la baignoire.  Comment pouvez-vous laver votre linge dans une baignoire qui est devenue un réservoir?  Il fallait faire des compromis et des équilibres dangereux.  Nous étions quelque peu irrités lorsque, ayant décidé par je ne sais quel don divinatoire qu'il allait y avoir de l'eau, nous prenions un bain, et proouff, boum pluit, brrroum, plus d'eau sauf des canalisations qui explosent.  Toutes les femmes le savaient et gardaient les deux litres d'eau nécessaires pour enlever le shampooing (importé) des cheveux.
La question est encore plus compliquée qu'il ne paraît car le " house boy " considère que le lavage de son linge (et de celui de sa famille) fait partie de ses droits acquis.  Il vous arrive donc de rentrer à la maison et de trouver:
·     une baignoire vide.
·     une boîte de poudre à laver (importée) vide.
·     le linge du serviteur qui pend au séchage.
·     votre panier à linge qui déborde (il ne restait plus d'eau).
Même dans ces circonstances difficiles, la baignoire était ma fierté.  En bon suédois avare que je suis, lorsque j'ai compris que l'eau était une denrée rare, j'ai recyclé tout ce qui était recyclable.  L'eau de la baignoire servait à arroser les légumes et les fleurs, l'eau de la cuisine servait à arroser les mûriers et les manguiers. Il est regrettable que ce n'est que lorsque la fosse septique s'est bouchée que j'ai compris que j'aurais pu recycler cette eau-là aussi.
Ce monde n'étant pas à une absurdité près, juste en dehors de notre jardin, sur le sentier menant aux toilettes extérieures (so called long drop ce qui fut extrêmement désagréable lorsque Aaron y laissa tomber 5 kwacha, ce qui représentait sa ration de la semaine), donc sur ce sentier se trouvait un abreuvoir qui pour une raison que je n'ai jamais comprise semblait être branché sur un robinet qui ne se fermait pas et semblait avoir de l'eau plus souvent que nous.  Nous avons donc mis l'abreuvoir en service, nous avons demandé à Soko de creuser un sous- réservoir et celui là se remplissant d'une manière tout à fait satisfaisante, un sous-sous réservoir.



Le long des rigoles nous avons planté des pois cajun, une passion que j'ai développée brutalement pour une raison inconnue, puis nous avons planté des goyaves, des manguiers et des papayers. Un agriculteur malgache aurait été fier de notre système de canalisations. Ces réservoirs auraient dû me valoir un grand prix écologique car ils devaient devenir le lieu de reproduction d'une foule incroyable de grenouilles. Il semblait qu'elles n'attendaient que cela. Les petits bananiers qui poussaient dans le jardin comme de mauvaises herbes avaient été choisi par les petites grenouilles blanches à ventouse comme lieu d'habitation. Finalement je n'aurais pas eu le petit prix écologique, ma voisine qui était encore plus écologique que moi était très en colère parce que je tuais les vipères cracheuses et les boomslang. Je ne les tuais pas tellement pour moi car je ne risquais pas grand chose, mais nos jeunes chiens étaient assez bêtes pour essayer de jouer avec les vipères.



Même avec notre merveilleux système d'irrigation, nous voulions diminuer nos besoins en eau. Simple: vous prenez le manuel japonais (écrit en anglais) que les coopérants japonais utilisent et vous avez tous les trucs asiatiques.  Les paysans japonais utilisaient une gourde pleine d'eau enterrée au milieu des légumes.  Il était plus simple pour nous d'utiliser nos bouteilles de whisky (J'ai tout de même pas bu tant de whisky que cela ?) les remplir et les enfoncer dans la terre.  Le système est excellent entre autre parce qu'il met de l'eau là où elle est nécessaire, c'est à dire les racines, pas là où elle ne sert à rien, sur la terre brûlante.


Un inconvénient majeur, tous mes invités devaient obligatoirement venir, admirer mes systèmes et j'ai longtemps soupçonné que ces authentiques exclamations admiratives pouvaient avoir quelque rapport avec les discussions privées que mon épouse avait toujours avec eux avant la visite.  Comment est-ce que je peux être aussi méfiant?  Ils ne pouvaient qu'être admiratifs..
Au bout de quelques années notre ambition a encore grandie et nous avons rebouché un énorme trou sur une citerne de plus de 3 mètres de profondeur et 5 mètres de large (combien d'eau cela peut-il faire?), une citerne qui avait du avoir son utilité en son temps, et pendant la saison des pluies nous arrivions à la remplir.  Nous avons acheté à un projet de la FAO des alevins de brèmes et nous les avons nourri avec des rats que nous attrapions autour des champs de mais avec des pièges africains.  Ceci nous donna une splendide récolte d'une centaine de brèmes.


Ce fut à chaque fois une grande fête pour nos employés.  La première fois ce fut Ackim lui-même qui eut l'honneur de fabriquer sa canne à pêche et d'être assis au bord là- haut quelques heures pour pêcher les poissons, et ce fut toujours lui qui les distribua "équitablement"
Mais les plus fiers étaient sans aucun doute Little John et son ainé, John 1, le jour où ça a été leur tour de pouvoir s'asseoir sur le bord de la cuve, sous l'œil bienveillant et intéressé de Finias.  Quel sérieux, quelle vue magnifique!
Si l'eau était un problème, l'électricité allait devenir un problème de plus en plus difficile à résoudre.  Ce n'est pas tellement que l'électricité manquait car grâce au barrage de Kariba il semblait que le pays en avait plus qu'il ne pouvait en consommer, le problème est que l'électricité doit être transportée, de préférence d'une manière sure, et qu'à chaque orage les transformateurs sautaient et comme les interrupteurs des circuits disparaissaient de plus en plus, toute coupure de la ligne pouvait plonger soit toute la ville de Lusaka jusqu'à notre maison dans l'obscurité, soit uniquement notre maison, les raisons précises pour ces choix aléatoires n'étant jamais très claires.
L'électricité c'était pour nous avant tout la sécurité.  Au début, nous avions mis 5 ou 6 ampoules autour de la maison de manière à éclairer le jardin Mais là c'est un des mystères profonds de l'Afrique, si vous mettez le soir une ampoule neuve, le lendemain vous avez une ampoule sale qui est brûlée.  Nous, comme tout le monde, nous sommes reconvertis aux tubes néon qui ont l'avantage de consommer beaucoup moins d'électricité, de donner plus de lumière et de durer éternellement, au moins jusqu'au jour où ils sont tellement pleins de termites qu'ils explosent.
Les tubes néon changent aussi l'équilibre écologique.  Les insectes de nuit s'installent confortablement sur le mur blanc en dessous du tube, rapidement les crapauds analysent la situation et se mettent à l'étage en- dessous et lorsqu'ils ont un petit creux ,   font un grand bond et un insecte.  Les crapauds ne craignaient rien, les gardiens en ayant aussi peur que des serpents.  Par contre les gardiens passaient la nuit à ramasser les termites et les grillons qui, grillés, sont déliciiieux et très nutritifs.  Parlant de délicatesses, je ne peux passer sous silence les chenilles des forêts, admirables chenilles brunes et bleues avec d'énormes poils, chenilles chassées, grillées vendues en rue et au marché.  Par esprit d'abnégation, ne voulant pas priver mes collègues de cette délicatesse, je n'en ai jamais mangées.  La consommation est telle que le papillon ( une chenille devient un papillon si on ne regarde pas et si on ne la mange pas avant) est en voie de disparition.
Lorsque nous avons travaillé pour les Suédois, ceux-ci ont tout de suite fait installer des projecteurs tout autour de la maison, c'était comme de vivre dans un son et lumière, les crapauds produisant le son.
Normalement les gardiens auraient du être très heureux de toute cette lumière, en fait leur enthousiasme était mesuré car il ne restait plus un buisson sombre derrière lequel s'étendre pour un repos bien mérité,
Dans les cas désespérés je pouvais même avoir recours à un générateur, tout au moins jusqu'au jour où j'ai découvert qu'il fonctionnerait mieux avec de l'huile, jour à partir duquel il ne fut plus vraiment le même.  Certains prétendent que le fait qu'il soit tombé à la FAO du deuxième étage jusqu'en bas de l'escalier et qu'il avait une forme un peu différente de celle prévue par le constructeur peut avoir influencé son fonctionnement.
 Lorsque tout allait de travers nous revenions à nos vieilles lanternes à kérosène, nous en accrochions 4 ou 5 dans les arbres. Cela donnait une impression de lumière pour quelques heures seulement, soit parce qu'il n'y avait plus de kérosène, soit parce que la mèche, au lieu de produire cette romantique lumière brunâtre commençait à produire un filet de la délicate couleur d'un goudron.  Un problème annexe qui n'avait en fait strictement aucun rapport avec le fait que les lampes à kérosène brûlaient moins longtemps dehors que dedans pouvait être le fait que les gardiens, dans leur maison à eux, étaient très heureux d'avoir un supplément de kérosène.
Ce fut aussi une perpétuelle chasse aux bougies dans les magasins. Nous en mettions sur chaque tablette de fenêtre quand l'électricité disparaissait et les bouteilles de bière vides formaient de merveilleux bougeoirs.
Le jardin dont nous avons hérité était constitué de trois parties :
·     une pelouse devant la maison, plus ou moins brûlée selon les saisons.
·     une pelouse côté cuisine
·     un taillis presque impénétrable entourant une tombe et un potager,

Tout jardin a des pelouses. Magnifique invention la pelouse, malheureusement elle pousse.  L'Afrique a découvert le seul instrument qui coupe l'herbe brin par brin.  Il vaut mieux d'ailleurs parce que les machines à moteur explosaient l'une après l'autre sur l'herbe Kikuyu.
Le potager est une invention d'étranger qui paraît bien étrange aux locaux Nous devions donc en obtenir la culture par une persuasion constante, tout au moins au début.  La suite fut tellement plus facile lorsque nos collaborateurs ont compris que la plus grande partie de la production du potager aboutissait dans leur assiette.



Le potager est aussi un verger, on obtient sans aucun effort des bananiers, des goyaves, des papayes.  Le tout est d'avoir un trou à compost et d'obtenir que tout ce qui est décomposable finisse bien dans le trou à compost.  Ceci veut dire qu'à chaque fois que vous mangez une papaye vous avez des centaines de pépins qui finiront dans le compost, sur lesquels pousseront une bonne dizaine de papayers.  Il en va de même avec les goyaves.  Pour les bananiers il suffit de prendre un rejet et de le planter quelque part et dans deux ans vous aurez des bananiers.  Il est vrai que les fruits obtenus sont de mauvaise qualité-, quelle importance? Quant aux manguiers ils poussent partout.  Il suffit de garder ceux qui sont au bon endroit
Ce qui impressionne l'étranger c'est la vitesse à laquelle tout pousse et qu'il n'y a pratiquement pas de saison.  On prend très vite l'habitude d'avoir tout, tout le temps.  Même si les 3/4 des tomates étaient attaquées par l'araignée rouge, il en restait toujours assez, même de trop.


Notre majordome, M. Tembo, trouva que la culture des tomates était simple et intéressante, nous l'avons encouragé.  Il planta 5 mètres carrés de tomates à côté de l'abreuvoir, tout alla bien, les tomates poussèrent, elles grossirent, il les voyait chaque jour, les tomates devinrent rouges, les tomates devinrent mûres, très mûres, trop mures et tombèrent. Pas d'explications de M.Tembo. Ce n'est que bien longtemps plus tard que nous avons appris qu'il aurait été dégradant pour un homme de récolter des légumes, travail des femmes, et que c'était Madame Tembo (habitant à 1 km de là avec 220 de tension) qui aurait du venir récolter les tomates,
Grâce à nos voisins nous avons appris à apprécier les " lima beans " (pois savon en français dit-on) du Zimbabwe, et rapidement il y en a eu partout.  C'est un haricot merveilleux qui remplace avantageusement une tranche de viande et dont même la feuille est comestible.  Les haricots ailés importés d'Indonésie grâce à la FAO furent toujours un échec, nos connaissances étaient probablement insuffisantes.
Les courges servaient à tout, même si elles arrivaient difficilement à maturité, les feuilles et les fleurs donnent une merveilleuse salade si mélangée avec des arachides.
Pour  les carottes le seul problème était d'arriver à les manger aussi vite qu'elles poussaient. Nous étions pourtant grandement aidés par les termites qui prennent une large part de toute production,
Rapidement nous avons découvert les merveilles du chou ou plutôt des choux.  Le chou semble pousser tout seul, ce n'est pas un grand drame si la moitié des semences sont mangées par les insectes.  Le chou fait partie du repas du personnel qui veut de la bouillie de maïs avec un condiment, lequel peut être un , peu n'importe quoi, très souvent du chou, Nous utilisions aussi les feuilles de chou pour traiter les muscles douloureux.

Notre premier cuisinier, Aaron, avait un ordre très précis dans l'organisation de son travail.  Dès que le petit déjeuner était fini, il ordonnait au jardinier d'aller chercher des choux, des tomates, des carottes.  C'était un des grands plaisirs d'Aaron de pouvoir donner des ordres au jardinier.  Inversement c'était un grand plaisir pour le jardinier de chasser Aaron du jardin si celui-ci, pressé, se mettait en tête d'aller y chercher quelques herbes.
Aaron mettait à cuire dans une poêle oignons, tomates, choux, carottes, cous de poulet, tout ceci dans une généreuse dose de "cooking oil", c'est à dire la moitié de la bouteille si c'est la mienne, un verre si c'est la sienne.  Cette décoction va cuire jusqu'à midi, pour être certain que les tomates et autres légumes dangereux soient bien tués à l'heure du repas. A côté de ce condiment qui a mijoté 4 heures sur le feu, il prépare pour parfaire l'équilibre diététique la bouillie de maïs, le plus vite possible, jusqu'à ce qu'elle ressemble à un vieux bloc de ciment.




Tout le personnel va s'asseoir sous un grand arbre, les sièges étant de grandes pierres installées en cercle autour d'une pierre plate. Chacun prend alors une petite portion dans le plat avec la main droite, roulant cette bouillie de maïs jusqu'à ce qu'elle soit ferme, puis la plongeant dans le condiment, la technique étant de réussir à ramasser le plus possible de condiment avec la boulette de maïs.  Alice, elle, doit être assise respectueusement à quelques mètres des hommes pour deux raisons, une parce qu'elle est une femme, l'autre parce qu'elle est une mauvaise femme, L'ennui de ce système est qu' Alice a la part du pauvre et que si elle est avec son "petit John". il risque d'avoir encore moins qu'elle à manger.


Dans les périodes de tension entre eux, la réunion autour du plat peut devenir difficile.  D'un côté le fait de tous manger du même plat est une garantie que la nourriture n'est pas empoisonnée, d'un autre côté, Aaron pourrait avoir reçu de l'"African Doctor" un remède qu'il a pris contre le poison qu'il aurait mis dans la nourriture.  Supposons que la nourriture ne soit pas empoisonnée, qu'en est-il du thé, qu'est-ce que ces feuilles à l'aspect repoussant qui flottent dans le thé, très certainement des feuilles de poison.
Ackim refusait de recevoir une tasse de thé de Aaron, mais l'acceptait quand le thé était versé devant lui dans toutes les tasses. Finias régulièrement refusait de manger avec les autres; c'était en fait très logique: il était jardinier, il n'était plus jeune, sa maison était humide, il souffrait donc de rhumatismes, mais pour lui une explication si simple était inacceptable alors qu'il était tellement plus évident que quelqu'un (suivez mon regard) lui avait jeté un sort.
Lorsque tout se passait bien, le repas était une cérémonie qui devait se dérouler calmement et avec respect. Le repas prenait une heure, les hommes mangeaient calmement en devisant.  Le fait de manger calmement est un signe de grande supériorité car , étant donné que dans une famille pauvre il n'y a pas assez dans le pot pour calmer la faim de tous (les enfants ne font même pas partie de tous), il s'agit de manger le plus vite possible. Un avantage secondaire étant que plus on mange vite plus la bouillie est indigeste et plus elle reste longtemps sur l'estomac.
S'il y avait un peu d'ordre dans cette histoire il aurait fallu commencer par le petit déjeuner ou par les petits déjeuners.
Je suppose qu'on n'a pas le droit de compter le thé chaud avec deux tranches de pain des gardiens au petit matin comme un vrai petit déjeuner.
Au matin la nourriture des fortunés consiste en une tasse d'eau chaude, sans sucre (où pourraient-ils trouver du sucre ?)et sans lait (même question).  Ils arrivaient donc à notre maison le ventre vide.
Le cuisinier préparait le porridge, On se dit qu'enfin voilà quelque chose de différent dans leur ration alimentaire! Pas du tout, le porridge c'est tout simplement de la bouillie de maïs qui coule un peu. L'astuce c'est que le porridge doit être recouvert de quelque chose, de préférence tellement recouvert qu'on ne voit plus rien: du !ait, du sucre, du miel, de la confiture…Pour préparer nos confitures les fruits ne manquaient jamais, mais le sucre était un vrai problème.
Avec cela ils boivent lentement et dignement le thé , ultra sucré et plein de lait. En fait, on mélange tout dans la bouilloire et on fait chauffer le plus longtemps possible. Avec cela, durant les iours fastes, lorsque nous arrivons à trouver de la farine, des tranches de pain. Une des grandes satisfactions pour le personnel est de  ne pas devoir se lever lorsque Annie ou moi passe par la cuisine.  Un autre grand luxe est de donner quelques restants aux chiens qui sont entièrement d'accord pour participer à cette accession sociale, Après le petit déjeuner qui ne dure que dix minutes, tout le monde va reprendre son travail
Si on parle du jardin il ne faut surtout pas oublier les hôtes les plus importants, les oies. Dès notre arrivée à Mt Makulu, un collègue qui partait nous a offert de reprendre son élevage.  Nous avons débuté avec 6 oies et une hutte et une longue histoire d'amour devait commencer.  Cet amour ne fut pas spontané. Tout d'abord les oies nous ont dit qu'elles avaient l'intention de se laisser mourir de faim sans doute pour exprimer leur opposition à ce déménagement qui n'avait pas été sans problèmes.  Pour déménager une oie il faut la coincer dans une partie de l'enclos puis se jeter sur elle en espérant être capable de saisir quelque chose.  Ce n'est qu'avec l'expérience que nous avons appris à saisir facilement les oies par le cou sans qu'elles ne s'en aperçoivent vraiment.  L'oie étant saisie est mise dans un sac avec la tête qui dépasse.  Le tout est mis dans la voiture et il semblerait que les oies en général et tout spécifiquement les nôtres ne sont pas en faveur des voyages organisés sur route.

Pendant 3 jours les oies se sont cachées au fond du jardin, dans les broussailles. nous regardant de derrière les arbres, puis peu à peu, elles se sont rapprochées.  Elles ont naturellement fini par trop se rapprocher, surtout du potager, leur ambition ultime, souvent couronnée de succès, étant de manger les salades.

Video de mes animaux
Vidéo de mes Animaux
Lorsqu'elles ne mangeaient pas de salades elles étaient supposées manger l'herbe de la pelouse, mais il apparut rapidement que leur religion leur interdisait cela. Leur religion exigeait qu'elles mangent du "layers mash".  Le layers mash est un sous produit de la production de la farine raffinée de maïs.  Parfois, pour ne pas dire tout le temps, c'est un sous-sous produit qui en gros ne contient rien du tout sauf l'écorce de la graine de maïs et encore ! Quand on pense que pour avoir ce sous-produit, Annie devait savoir que la minoterie en aurait en stock, y aller, faire la queue à la caisse pour acheter le plus de sacs possibles, se battre avec toutes les femmes qui elles voulaient le même produit pour leur élevage de poules, faire la queue pour recevoir les sacs et ensuite ramener tout cela à la maison.  Soit au moins deux heures et deux fois 15 kilomètres pour 5 sacs dans le meilleur des cas.  Les oies prétendaient que ceci était vraiment le seul produit qu'une oie pouvait considérer pour son ordinaire.
Je crois que chaque personne qui est venue nous visiter nous a dit que "les oies sont de bons gardiens" or ce n'est pas vrai du tout. Les oies romaines étaient-elles différentes? Dix personnes parfaitement inconnues peuvent passer à côté des oies qui ne diront strictement rien, à la onzième elles vont toutes paniquer, pourquoi ? La nuit elles nous réveillaient par leur cacophonie, ce n'était pas pour nous avertir d'un quelconque danger mais parce qu'une chauve-souris avait laissé tomber une graine sur le toit en tôle de leur baraque et que cela leur avait fait peur, Je sortais pour voir quel était le problème, en général pour découvrir que les gardiens dormaient.
Ackim avait construit un petit bassin pour les oies, un bassin de 1 mètre de circonférence pour plus de 8 oies, cela donnait lieu a de graves problèmes de préséances C'était aussi gênant pour le mâle qui, essayant de faire son métier, ce qui vu l'anatomie de l'oie est dans le meilleur des cas assez difficile, était gêné par deux autres jars qui sifflaient autour de lui et un ou deux qui essayaient de prendre sa place.  Est-ce étonnant, dans ces conditions que la fertilité des femelles n'était pas exceptionnelle ?

Et dans ce jardin nous avons commencé à développer notre religion du compost, manie qui allait encore s'affirmer au Burundi.
Tout se compostait.  L'idéal c'est la peau. Je compostais toutes les peaux de banane, encore que cela soit du luxe puisque cela peut se manger. Mais toute l'herbe, tous les déchets de cuisine allaient dans le compost. Malheur au gardien qui mettait son paquet de cigarettes vide dans le compost.  Mais ce qui devait arriver arriva, un jour le compost a pris feu.

A cette description du jardin qui peut paraître assez complète manque cependant l'essentiel, les bidons de 200 litres. 200 litres d'eau dit le lecteur averti qui connaît bien maintenant l'Afrique.  Pas du tout, 200 litres d'essence et de mazout.
Nous avions donc dans les jours fastes 3 bidons de mazout (600 litres) et 3 bidons d'essence (600 litres).  Ce qui est formellement interdit, une expérience du niveau d'un élève de 4ème montrant que ces produits approchés d'une source de chaleur explosent, le soleil pouvant à juste titre être considéré comme une source de chaleur.
Les bidons étaient sous le bauhinia (l'arbre à feuilles en forme de pied de chameau, l'arbre dannnns lequel mes jardiniers avaient trouvé deux boom-slang), cet arbre donnant tout de même un peu d'ombre.
Ces carburants illégaux étaient là pour compenser la politique hautement réaliste du gouvernement concernant l'approvisionnement en carburant,
La situation était considérée comme satisfaisante si les personnes suivantes avaient suffisamment de carburant ,
·     Le Président et sa suite (200 familles)
·     Les représentants de l'UNIP, étant entendu que les représentants de l'opposition eux n'auraient pas une goutte d'essence. Cela aurait été une bonne politique s'il y avait eu une opposition.
·     Les militaires.
·     Les policiers (et leur familles)
·     Les gouverneurs, sous gouverneurs. adjoints de gouverneurs, jardiniers de gouverneurs.
Les conseillers de la FAO ne font pas partie de cette liste, pas plus que les fonctionnaires du Ministère de l'Agriculture (et de la pêche ... en Zambie ).
Le Gouvernement dans son grand réalisme ne considérait pas comme essentiel de payer ses factures à ses fournisseurs de pétrole (qui a jamais en Afrique considéré comme essentiel de payer ses dettes ?).  Longtemps les fournisseurs de pétrole n'y ont pas prêté attention, (une goutte d'eau dans un champs de dollars) puis ils ont décidé de changer les règles du jeu.  Si la facture n'était pas payée, le pétrolier arrivé à Dar es Salaam faisait du sightseeing le long de la côte en attendant que le chèque arrive.
Avant que le Gouvernement ne trouve les dollars nécessaires, les débloque, les fasse parvenir, nous en avions pour 3 semaines de pénurie.,
La pénurie n'arrivait pas d'un seul coup, d'abord c'était une station qui n'avait plus d'essence, puis deux, puis 2000 autos faisaient la queue à la dernière Station. Faire la queue était un concept à structure variable puisque tous les prioritaires ou ceux qui croyaient l'être ou ceux qui avaient donné des cadeaux au pompiste (dont moi) passaient d'abord.
Moi, j'envoyais mes chauffeurs qui se débrouillaient selon le système africain en allant voir un pompiste membre de la famille, mais même ainsi je me suis lassé et nous avons fait des provisions,
Donc 6 barils de 200 litres chacun.
J'avais à apprendre une nouvelle science, celle du maniement des barils.
Il est à peu près évident qu'il fallait remplir les bidons sur le plateau du pick-up si le pompiste avait assez de pression pour faire monter l'essence de 2 mètres, Il fallait aussi que le pompiste ait assez de patience pendant que les autres dans la queue protestaient.  Il fallait aussi que le pompiste abandonne les profits qu'il aurait faits en vendant l'essence de nuit aux amis.  Mais on y arrivait.
Un plateau de pick-up peut prendre 4 barils.  Traduit en zambien cela veut dire 6 barils et le pick-up qui frotte dangereusement près du sol.
Au déchargement deux techniques -
·     Soit on n'a pensé à rien et on reste là à se gratter la tête en se demandant comment faire.
·     Soit on a de l'expérience et on utilise des planches ou de vieux pneus
Les planches sont recommandées par les manuels.  Vous avez essayé, vous, de mettre un baril de 200 litres sur le côté et de le rouler sur le plateau du pick-up puis de le faire avancer sur les planches ? Ce qui arrive en général c'est que les planches sont soient poussées, soient craquées et que le baril tombe de 2 mètres.  Si par malheur il ne tombe pas mais roule sur les planches comment faire pour le ralentir?  Ou va finir sa course? Tout de même pas chez le voisin qui jamais ne me le rendra.
De préférence donc les vieux pneus, deux couches et le baril tombe et rebondit.  Parfois bien, parfois mal.. Il faut ensuite le redresser.  Si vous êtes seul, cela arrive, autant attendre demain.
On roule les barils jusqu'au lieu du stockage, on les redresse (pousse, mais pousse donc, qui m'a donné un jardinier aussi feignant !) et le baril est presque arrivé.  Enfin le jeu n'est pas tout a fait terminé puisque le jardinier arrive une heure plus tard et vous informe que le baril fuit .On découvre un beau trou, généralement à un tiers à partir du bas. On commence à comprendre pourquoi le garagiste était d'accord pour vendre ce baril.  Une seule solution, le chewing-gum.  Vous ne trouverez ni , ni viande, ni sel en ville mais bien du chewing-gum, oui.  Je ne peux rater l'occasion de faire remarquer qu'il y avait des manques de tout, sauf de coca-cola.
Nous avons donc du carburant, oui mais, nuance, du carburant dans des barils alors que les voitures fonctionnent avec du carburant dans le réservoir, cela paraît facile, ça ne l'est pas.
Dans les maisons bien équipées on a une pompe à carburant.  Nous n'avons jamais eu cela.
Dans les maisons un peu moins bien équipées on a un bout de tuyau et un seau.  La technique consiste à aspirer le carburant juste avant qu'il arrive dans la bouche, boucher le tuyau, le pencher vers le seau (mais où est donc le seau ?) et faire couler le carburant.
Il est pratiquement impossible de ne pas avoir la moitié du baril dans la bouche, lequel carburant semble descendre dans l'estomac. Toute la journée vous avez des renvois délicieux à l'odeur de carburant eil est conseillé  ce jour là de manger des radis ou des oignons.
Lorsque le baril commence à être vide vous avez non seulement à boire mais aussi à manger, le carburant faisant un dépôt comme le bon vin.  Il est aussi intéressant de constater que contrairement au vin, le carburant ne bonifie pas en vieillissant. Essayez donc de démarrer votre tondeuse avec l'essence de l'année dernière (je suis peut-être de mauvaise foi parce que la mienne ne démarre même pas avec l'essence du jour,,).
Un seau fait 8 litres et un réservoir 60 litres, l'opération est donc à renouveler quelques fois, Pour verser du seau dans le réservoir, le constructeur, dans sa très grande prudence a mis l'orifice d'essence à l'intérieur de la carrosserie de telle manière qu'il est pratiquement impossible d'y verser quoi que ce soit.  Donc il faut un cône.  Où allez-vous trouver  un cône ?
Cette expérience étant utile je me sacrifiais et laissait soit mes jardiniers soit mes chauffeurs la pratiquer.  C'était dur pour moi de ne pas intervenir mais je savais me contrôler.  Cependant j'étais à côté à hurler mes instructions.
Ceci pour expliquer que ces 6 barils n'étaient pas une oeuvre d'art moderne, un happening, mais une nécessité absolue.  Le pari était que 600 litres de carburant allaient suffire et le purgatoire était d'arriver aux derniers 50 litres, et savez-vous que mon épouse avait la prétention de se servir aussi de cette réserve ?
Les derniers 50 litres, c'était notre marge de manoeuvre si il avait fallu partir pour la frontière (idiot parce que les soldats ne nous auraient jamais laissés passer).

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