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Manger
Toute notre vie en Zambie était conditionnée par le besoin de trouver de la nourriture. En cela nous étions semblables à toute la population zambienne.
La nourriture de base est la farine de maïs avec laquelle on prépare le shima.  Ne croyez surtout pas que le shima soit une de ces merveilleuses spécialités africaines, par exemple avec de la queue de crocodile ou de la graisse de cochon sauvage.


Le shima consiste en eau bouillie, ou presque bouillie, cela dépend de la quantité de charbon qu'on a, eau dans laquelle on jette la farine de mais.  Selon le courage du cuisinier, on tourne le tout 2 minutes ou 20 minutes.  Le résultat ressemble à du sable fin avec un peu de chaux.  Dans les jours fastes on dispose de sel et de sauce.  La sauce va de rien du tout (souvent), à du chou bouilli ou même de sauce de poisson cuit 4 heures.
La sauce de se fait avec du kapenta.  Nous dirions que c'est de la friture de mer.  Le kapenta est beaucoup plus petit que mon petit doigt.  Les pécheurs le prennent dans les lacs et le font présècher sur le bord.  Le kapenta est ensuite acheté par des grossistes qui vont le revendre à des petits grossistes qui vont le revendre à des petits revendeurs.  A chaque étape le kapenta est étalé sur le soi pour que les acheteurs puissent les voir.  A ce moment les mouches estiment qu'il est de leur devoir d'inspecter aussi le kapenta.  Les poules essaient de prendre ce qu'elles peuvent.  Les auto arrosent le kapenta de boue et de poussière.  A l'arrivée le kapenta ressemble à un squelette de dinosaure (petit dinosaure) qui aurait été mal préparé et sur lequel traîne encore quelques lambeaux de peau.  Ceci est une grande délicatesse, les zambiens n'ont pas entièrement tort car si Il reste encore un peu à manger sur ces débris alors cette nourriture est riche en huiles, quelques protéines et beaucoup de goût (il vaut mieux pas savoir lequel).  Le kapenta est tellement apprécié que mes étudiants, lorsqu'ils étaient en Europe où à Moscou demandaient à leurs amis visiteurs de leur apporter du kapenta.  Après tout c'est pas tellement plus dégouttant que le sûrstrômming suédois qui est du poisson cru qui s'est décomposé dans une boite de conserve dans une délicieuse odeur de cadavre déterré.
La farine de maïs, qui pour nous semble toujours égale qualité, est en fait extrêmement variable.  Selon son degré de broyage et de raffinage elle devient plus ou moins souple, plus ou moins liante.  La farine fine, la plus chère, est douce, liante, onctueuse. La farine grossière, la seule qu'on mange parce qu'on n'a pas les moyens d'en acheter d'autre, est rèche, ne prend pas l'eau, on a l'impression de manger du sable.  La farine de maïs rappelle le mealy-meal et toute notre vie se déroulait sous la menace du mealy-meal qui allait manquer.

Il existe encore d'autres qualités de farine.  L'une c'est la farine " pas du tout " les jours où soit on n'a pas trouvé de farine à acheter, soit on n'a pas eu d'argent pour en acheter.  Dans ces cas le repas consiste en eau bouillie dans laquelle on a mis le sac qui contenait la farine.
Lorsque la situation devient difficile, la famille se divise, certains mangent le lundi, d'autres le mardi.
Au milieu de la saison des pluies on peut aussi profiter de l'incapacité du Gouvernement à stocker proprement le maïs.  Le maïs qui a été trempé devient immangeable en quelques jours, mais pas immangeable pour tout le monde.  Il est préférable de manger du maïs pourri que pas de maïs du tout,
Nous, les conseillers blancs, nous n'étions pas censés manger de la farine de maïs, cela ne se fait pas, sauf pour faire snob.  
Théoriquement donc, nous n'avions pas de problèmes, en fait nous en avions encore plus que tout le monde.
La farine est un produit contrôlé par le Gouvernement.  C'est lui qui achète toute la récolte (au prix qu'il a fixé), c'est lui qui l'usine, c'est lui qui le revend.  Comme on peut s'en douter, transporter du grain sur un pays grand comme la France, l'usiner puis le redistribuer est bien au-dessus de la capacité du Gouvernement, et le serait pour n'importe quel organisme.  A nous, experts, on nous demandait de résoudre l'équation suivante:
Sachant que sur 100 kg de grain on va perdre 100 kwachas, combien le Gouvernement va-t-il gagner sur le traitement de 10 millions de sacs de 100 kg?.
Nous étions dans la brillante situation où nous, Gouvernement, nous vendions aux fermiers la farine meilleur marché que le grain que nous leur avions acheté.  Le résultat prévisible était que des villages à des centaines de kilomètres des points de distribution vendait tout leur mais puis c vaîent ensuite de faim parce qu'il n'y avait pas de farine à acheter.
Nous passions donc notre temps à rechercher de la farine de maïs.  Nous en avions besoin pour nous-mêmes (c'est à dire les repas pris à la maison par le cuisinier, jardiniers (2), gardes de nuit (2) et personnel indéterminé (?).  Nous devions compter avec 4 sacs de farine par mois.
Notre jardinier principal avait besoin de 2 sacs par mois, notre jardinier débile de 2 sacs, notre cuisinier majordome seulement de un sac (et d'où pouvait bien venir le restant de la farine dont il avait besoin ?), les gardiens de nuit occasionnellement 1 sac par mois.  En gros nous devions essayer de trouver une dizaine de sacs par mois.  Sans compter la nourriture pour les oies.
La distribution du maïs par l'Agence Gouvernementale se faisait par un système typiquement africain.  Un homme d'affaire venait exposer son cas au distributeur et lui faire comprendre ses besoins.  Une fois une riche compréhension atteinte, le distributeur envoyait le camion à l'acheteur.  Jusque là rien que de très normal ; là où ça devenait plus compliqué, c'est que le chauffeur du camion passait aussi ses accords et qu'entre la destination où on l'envoyait et l'endroit ou il arriverait il pouvait y avoir de grandes différences.  Même si par hasard le chauffeur délivrait à la bonne adresse, Il faut se souvenir que c'est du devoir du chauffeur, de l'assistant chauffeur et des déchargeurs d'informer tour" les amis et la famille de l'endroit où la farine allait être livrée.  De cette manière deux cents personnes attendaient avant même que le camion n'arrive.  Ce n'était encore qu'un demi-mal, car il faut se souvenir que la police et les militaires ne font pas la queue comme tout le monde, mais qu'ils amènent leurs camions et prennent ce dont ils ont besoin, ce qui étrangement correspond souvent à la totalité du chargement.  On fait de la très bonne bière avec la farine de maïs.
Quoi qu'il en soit, le résultat était que lorsque le pauvre blanc savait que de la farine était disponible, celle-ci était déjà partie depuis des heures.  Nous devions donc nous en remettre au réseau des notables et nous faire pistonner pour aller acheter directement ici et là selon nos relations.  Parfois l'école se vidait curieusement de tous les enseignants à cause d'une rumeur que la farine était arrivée.  Parfois plus rien ne fonctionnait, on en arrivait au dernier sac, on voyait le niveau diminuer, diminuer, parfois il restait pour tout le monde moins de 5kg...... puis le miracle habituel avait lieu: de quelque manière le mats arrivait.  Malheureusement les miracles arrivent plus facilement lorsqu'on est riche que lorsqu'on est pauvre,
Dans les périodes graves nous envoyions notre jardinier fou a Finias " faire la queue pour le mealy-meal ". Il n'avait rien contre.  Il partait le matin et revenait le lendemain matin.  Parfois je le voyais sur la route revenant avec un sac de maïs et je me disais que la journée avait été bonne, pour apprendre de Finias le lendemain, qu'il n'y avait pas eu de maïs.
" Pas eu de maïs, mais je t'ai vu revenir avec un sac hier ? "
" Oui oui patron, mais ça c'était le sac pour ma famille ".
 AWA, Africa Wins Again.
Comme nous achetions du layers mash pour nos oies, et que nous devions l'acheter au grand centre de distribution du mais, nous parvenions parfois à ruser, vu que la queue pour le mash n'était que d'un kilomètre, alors que la queue pour le meal n'avait pas de fin.  Au guichet, Il fallait alors prendre rair très étonné ou blasé, souriant ou autoritaire, selon la tête du pauvre Zambien au guichet, et déclarer qu'on aurait aussi besoin de quelques sacs de mais.... Ca a marché 9 fois sur 1 0, mais Il fallait quand même compter toute une matinée pour y arriver
Pour le sucre c'était la même chose, mais moins grave, on peut encore vivre sans sucre.  C'était tout de même énervant de recevoir une ration de 2 kg de sucre et de voir au même moment le faiseur de bière partir avec un sac de 50 kg sur la tète.
Lorsque le mealy-meal arrivait, nous avions distribution générale à la maison.  Chacun recevait son sac et partait avec.  Jusque là les problèmes n'avaient pas encore commencé.  Lorsque notre jardinier arrivait à sa maison avec son sac de mealy-meal sur la tête, tous les voisins le voyaient arriver et eux, n'ayant pas de farine, arrivaient pour lui pour en emprunter.  Le montage financier d'un holding gigantesque unissant des banques suisses, saoudiennes, japonaises et des petits actionnaires est d'une simplicité enfantine comparé au problème de la distribution de 25 kg de farine à 15 familles sachant que chaque famille a besoin de 15 kg.
On pouvait aussi devenir copain copain avec l'indien du Chilanga Bazar chez lequel nous étions de très très bons clients.  Il nous laissait alors venir derrière la boutique charger la voilure parquée devant la porte pour éviter tous les regards perçants des passants.  Parfois même un Indien ne trouvait plus de farine.
Il en était ainsi presque pour tout ce qui était achetable: savon, margarine, huile, lait (est-ce que nous avons parlé des Miller ?) aussi bien que pour les uniformes d'écoliers, leurs cahiers et crayons, les filtres à huile pour la voiture et surtout la poudre à laver.


Alors si il est si difficile de se procurer des sacs de farine de maîs pourquoi ne pas faire son maïs soi-même?.
Ca c'est encore bien une réflexion de conseiller étranger.  Il faut avoir assisté à la préparation du maïs pour comprendre quel travail c'est.
Au départ on a le maïs qu'il faut prendre dans le grenier.  Il faut l'égrainer, cela fait mai aux mains.  Il faut trier les grains..
Le grain étant trié, ce qui est long, il faut l'écraser.  Il n'y a qu'un système, c'est le pilon car la meule n'existe pas.  Le pilon se fait presque toujours à deux femmes pour avoir le bon rythme et le bon angle mais cela prend beaucoup de temps et on arrive rarement à la finesse de mais nécessaire pour faire du bon shima.


Le maïs étant pilé il faut le tamiser, ce qui suppose qu'on ait un tamis.  Ce n'est pas évident.  Cela suppose aussi pas trop de vent.
Pour une famille il faut compter dans l'année une douzaine de sacs de maïs (90kg) plus 3 ou 4 pour les rats et insectes.
Il faut aussi être vicieux pour se donner tout ce mal alors qu'on gagne nettement plus à vendre son maïs fermier et acheter la farine subventionnée du gouvernement.
De toute façon qu'on travaille avec son maïs à soi-même ou avec le maïs du Gouvernement il faudra de toute façon faire un feu (avec du bois, avec du charbon de bois?) trouver 2 litres d'eau et faire chauffer le tout.  C'est dur, très dur.
Le feu se fait soit dans la maison, soit dehors sur trois pierres.  Si on fait le feu dans la maison, l'avantage est que la fumée fera fuir les Insectes mais en échanges on aura les yeux tout rouges à cause de la fumée.  Un avantage annexe est que les voisins ne sauront pas que vous avez à manger aujourd'hui.  De plus la chaleur du feu aidera un peu à passer le froid de la nuit.
Le repas est plus qu'un repas, c'est aussi et surtout une cérémonie. le pot de shima est entre les participants, chacun a soit une assiette ou une feuille.  Parfois rien.  Surtout pas de couverts.
On se sert de shima avec la main droite puis on le malaxe dans la main jusqu'à obtenir la bonne consistance, on appuie le pouce pour former une cavité et on plonge la boule creuse dans le " condiment " pour ramasser un peu de goût.  A la manière dont on sert du condiment on juge de la qualité de l'homme.  Le goinfre va essayer de faire un gros trou qu'il emplira le plus possible de sauce, le timide touchera à peine à la sauce, l'homme juste prendra la juste quantité.
La boulette faite se met en bouche d'un seul coup et se mâche le plus longtemps possible mais pas trop longtemps parce qu'alors Il ne resterait plus rien a prendre.
Le début du repas ne pose pas de gros problèmes, la fin du repas est difficile, selon ce qu'on laisse dans le pot les femme et les enfants auront assez (rarement) ou pas du tout (souvent) à manger.


C'est évident mais ça vaut peut-être la peine de le répéter, le shima ne se prépare qu'avec du mais blanc, absolument pas du mais jaune.
Devinette difficile : De quelle couleur est le maïs généreusement donné par les USA lors de la famine ?
Je suis mal placé pour être ironique envers les généreux donateurs, en tant que conseiller agronome je participais à la vulgarisation du mats hybride à haut rendement (20 à 40 quintaux à l'hectare alors que le maïs local (5 à 10 quintaux à l'hectare) avait bien meilleur goût et surtout se conservait bien mieux dans les greniers traditionnels.

Tout commence par un pick-up qui transporte des agricultrices ou des engrais et semences.
Bon, que faire ?On peut toujours commencer par décharger la voiture.
En espérant que les sacs d'engrais ne sont pas crevés. Un kilogramme d'engrais cela fait au moins 4 kilogrammes de maïs.
Ca à l'air de rien mais c'est lourd !
A deux c'est un peu plus léger, et ceux qui regardent ils ne pourraient pas aider ?

La responsable locale doit décider de l'ordre des priorités. Je disparais discrètement, c'est le moment difficile.
L'organisation se met en place, la responsable locale reste à l'écart pour bien montrer sa situation.
Et lui là qui prend des photos est-ce qu'il ne pourrait pas faire quelque chose d'utile surtout que je n'ai pas mis ma plus belle chemise.
C'est curieux tous les sacs doivent êtres pareils et pourtant ils sont différents.
Le mieux c'est de vérifier par la pesée. Technique pour laquelle il a fallu 3 cours de formation et je ne suis pas sur qu'elle fasse la différence entre kilogramme et gramme. L'arbre est un manguier.

Voilà une responsable qui sait exprimer sa conviction agricole. D'habitude à cette place là c'est le portrait du président.
Ils rigoleraient moins si ils savaient ce qui les attend.
Est-ce que je vais me retrouver devant le Tribunal International pour travail abusif des enfants ?
Dire qu'il va falloir monter les sacs au grenier !
Vous croyez vraiment que cette échelle va tenir le poids du sac et de l'enfant ?
Lorsque tout est terminé les hommes réapparaissent.
C'est tout de même curieux que j'ai chargé 15 sacs et que je ne retrouve que 13 sacs reçus ? ? ?

Si on rentrait à la maison, nous avons encore 400 kilomètres à faire ?

UN Integrated Regional Information Networks

June 4, 2004
Posted to the web June 4, 2004

Johannesburg

Efforts to bolster agricultural production in Zambia has paid off with the government forecasting a second successive maize bumper harvest this year.

"We expect official figures from the crop assessment to be released later in June, but so far it looks as if we will bring in the same quantity of maize as last year, or slightly better," agriculture permanent secretary, Nicholas Kwendakwema, told IRIN on Friday.

Zambia produced 1.2 million mt of maize during the 2002/03 farming season - double the quantity in the previous year. The poor harvest in 2001/02 saw widespread food shortages, with millions of Zambians relying on food aid to survive.

Kwendakwema attributed the projected bumper yield to a government assistance package provided to small-scale farmers.

"The 2001/02 food shortages was mainly caused by the failure of small-scale farmers to produce enough. But the government soon realised this fact and stepped in to support those most vulnerable," he said.

In a bid to boost production, the government supported more than 150,000 farmers with subsidised maize seed and fertiliser under its "Fertiliser Support Programme".

Kwendakwema said the country intended to export 120,000 mt of maize, the same amount as in 2003.

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"We should have enough maize for domestic consumption. Thereafter we intend to exported maize to neighbouring countries such as Angola, Tanzania and Zimbabwe," he told IRIN.

[ This report does not necessarily reflect the views of the United Nations]