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Zimbabwe
Annie au Zimbabwe

Carte du Zimbabwe
Départ un samedi matin, rendez-vous à 8 heures chez Florence.

Comme Alister l'avait prédit,  il valait mieux dire 8 heures et partir à 9 heures, comme cela nous aurions plus de chances de partir à 10h.  Ce qui arriva.
Jane était encore dans son bain et le petit déjeuner devait encore se prendre,   tous les bons conseils donnés, plus les aux-revoirs multiples africains à faire.  Bref, nous partîmes (dites, vous avez vu la conjugaison,  c'est pas beau ça ?) vers 10 heures.
Parce que la police sur la route à Chilanga voulait savoir où nous allions et ce qu'il y  avait dans tous ces bagages, parce que je devais encore passer par la poste envoyer les dernières missives à la famille, parce que je devais encore passer chez les soeurs dire que je ne serais pas là mercredi pour le cours de nutrition aux jeunes filles mamans, parce que ....
Surtout parce que la route Chilanga-Kafue est pleine de gros trous imprévisibles et que mes pauvres pneus ( c'est soi-disant pour acheter de nouveaux pneus que je pars au Zimbabwe ) supporteraient mal un accident, nous n'arrivâmes que vers midi à la frontière de Chirundu.
Les douaniers des 2 côtés nous ont compté bien 10 fois tout notre argent pour voir si nous avions assez pour survivre, ils n'ont pas l'air de bien comprendre que la carte bleu (de crédit) est magique et nous  avons dû expliquer 10 fois que nous voyagions dans la même voiture, parce que amies.  Enfin à 2 heures ils nous ont lachées.  Surtout Jane, deux ans et demie, était exténuée et a dormi les deux heures à venir, jusqu'au stop pique-nique sur un des emplace-ments prévus. Arrivée à Harare vers 4 heures.
Nous avions pensé continuer la route jusque chez les parents de Florence, et ne passer à l'hôtel Oasis, au sud de Harare, que pour réserver une chambre pour le retour, mais nous n'avons pas résisté à la vue du confort, à l'idée du bain que nous pourrions prendre et d'un drink (boisson rafraîchissante, en français, note du mari) dans la véranda trop attirante.
Nous dormîmes (la conjugaison !) donc.

Petit déjeuner énorme compris dans le prix de la chambre, nous avons fait honneur à la table et Jane a bien dégueulassé les environs tout en faisant des commentaires sur les choix des autres.
Départ vers l'est et l'inconnu pour moi ; route, nature vallonnée avec des masses de grosses pierres tenant les unes sur les autres on ne sait comment, on passe de belles propriétés, des fermes, et il n'y a pas de trafic du tout.
Après deux heures de route agréable, nous arrivons dans un patelin, Rusape. C'est la grande ville avec magasins et banques et GARAGES annonçant - "TYRES".  J'y cours, j'y vole, puisque de toute façon je dois faire le plein d'essence du Zimbabwe, dégueu-lasse, que ma petite Subaru raffinée n'aime pas du tout, et j'entame la conversation sur le sujet.  Tout le monde est venu voir cette petite dame sortant de on ne sait où qui demande des pneus.
Gros rires, gros yeux qui  examinent mes pneus, et gros rires encore. Cela fait des mois qu'ils n'ont pas vu de pneus, dans tout le Zimbabwe on ne trouve pas un pneu neuf, il faut aller en Afrique du Sud ou au Botswana.
Je retourne au centre et retrouve Florence et Jane qui ont fait le plein de victuailles et nous partons par une petite route au il n'y a rien marqué du tout, aucune indication. Après deux kilomètres on tourne sur une route encore plus petite et pour finir sur un sentier de sable vers "St Faith's Fathers Mission". Ouf, je me sens un peu moins perdue, même si Florence a l'air très certaine du chemin à prendre ! Et voilà que  quelques kilomètres plus loin, nous nous trouvons soudainement devant une allée majestueuse de pins menant vers une maison  cimentée avec toit en tôle.
Le grand-père de Florence, jeune homme entrepre-nant, voyageant pour voir le pays, passant par ce village, tomba amoureux de la fille du chef et la demanda en mariage.  La fille, pas bête du tout, ne veut pas quitter le village de papa-chef, et le jeune ménage s'y installe.  C'est la maison du grand père que voilà, vide, mais toujours là.
Autour de cette maison s'élèvent des tas d'autres maisons, des huttes, des poulaillers, des enclos pleins de vaches, des toilettes, et encore une maison toute neuve, fleurie, coquette.  C'est la maison de l'oncle riche de Harare qui vient y passer parfois des week-ends (fin de semaine, ou dimanche, en français dit le mari), et qui y a laissé une jeune fille toute jeune pour garder la maison.
Tout autour de cette maison habitent vraiment la grand-mère de Florence, seule dans une toute petite maison,  les parents de Florence dans une grande maison qu'ils ont bâtie eux-mêmes il y a trois ans de cela quand ils sont revenus  de Zambie en " retraite ".
Dans la maison il y a aussi un cousin pour aider aux champs, Joseph, qui vient de rater son bac pour la deuxième fois et ne sait pas trop bien quoi faire de sa vie, et le plus jeune frère de Florence, 14 ans, tout gentil mais ne voulant pas aller à l'école ; Jane les appelle the boys et répète toute la journée "what are the boys doing, where are the boys"? . C'est que les boys travaillent beaucoup : ma voiture est astiquée, mes bains servis à point, mes chaussures cirées, etc, etc….
Puis il y a le petit Abel, qui pousse de grands cris dès qu'il voit un Mzungu (blanc).  C'est le fils d'une soeur de Florence qui après quelques années de vagabondage s'est remise à étudier.
Dès notre arrivée inattendue, d'abord bonjours, accolades et présentations, puis commencent les travaux qui ne finiront qu'à notre départ : sur le feu dans la cuisine, grande hutte magnifiquement propre avec armoires et sièges cimentés tout autour, il y aura toujours de l'eau qui chauffe pour nos bains multiples et des repas en train de cuire.
Dès qu'une poule annonce un oeuf, Abel se précipite au poulailler et vient mettre l'oeuf dand le panier à la cuisine.  Maman nous fait continuellement du thé (que nous lui avons apporté ainsi que le sucre), thé déli-cieux des Highlands.  Il n'y a que grand-mère qui re-fuse: elle veut du café, que nous lui achetons dès le lendemain  et qu'elle cache dans sa maison.  Elle est un peu snob dit la famille, elle ne veut pas de thé.
Derrière la cuisine, monté sur de gros sticks (bâtons), un grand plateau sur lequel on fait sécher la vaisselle au soleil qui désinfecte, et à quelques mètres, un puits très profond creusé par papa avec manivelle et seau ; et très bien fermé pour ne pas salir l'eau.  On s'étonne après la Zambie.  Tout autour, entre le puits, le séchoir, la place pour la vaisselle et les bains, il y a les légumes de maman qu'elle peut donc arroser avec toute l'eau utilisée.
C'est Jane qui m'entraîne visiter tous ces endroits magnifiques, pendant que Florence et maman se racontent les histoires de famille.
J'en ai appris, des histoires de famille et des histoires de village!  Non loin de là , dans la rivière, habite un esprit, sorte de nymphe qui attire les gens.  Si les villageois ne pleurent pas le disparu, ne préparent pas les funérailles, la nymphe le leur rend au bout de trois jours, changé, amélioré et avec le don de prophétie, de guérisseur.
L'année passée, un cousin de passage donne à un veau pas encore baptisé le nom d'un arrière-grand-père décédé de la famille.  Celui-ci, n'appréciant pas que son nom passe dans la famille bovine, fait mourir la bête ainsi que toutes les autres vaches de la famille.
Toutes ces histoires se racontent autour du feu dans la cuisine qui n'est éclairée que par le feu, une toute petite fenêtre et la porte à moitié ouverte pour laisser sortir la fumée.
Lundi matin.
Comme je suis si près - à peine une centaine de kilomètres des montagnes Inyanga, qui séparent le Zimbabwe du Mozambique, et qui sont renommées pour leur beauté, Florence m'a promis de me montrer les plus beaux coins.  Jane reste à la maison.  Elle a trop à faire et à voir avec les boys.
D'abord des paysages qui font penser à la Suède, pe-tits lacs entourés de forêts, puis petit à petit une na-ture plus sauvage, et on pense reconnaître l'Ecosse.  Partout reboisements, petits cottages anglais devenus restaurants-hôtels.
Florence me mène à la maison de Cecil Rhodes, administrateur colonial anglais par qui on donna à sa mort en 1895 le nom "  Rhodésies " aux territoires conquis entre le Transvaal et le lac Tanganyika.  Nous nous installons à une des petites tables instal-lées sur la véranda devant un lac entouré de les cottages-guesthouses et devant un jardin fleuri à l'anglaise.  Nous sommes d'abord toutes seules, l'endroit a l'air abandonné.  Mais petit à petit arrivent les blancs, et rien que des blancs très high society (BCBO un français moderne) avec nurses noires.  Heureusement, Florence a l'habitude et n'a pas l'air de s'en faire.  Au contraire, nous jouissons d'un merveilleux high tea et nous allons nous promener dans le Jardin et les fleurs.
Quand les "anglais" se dirigent vers la salle à man-ger, nous continuons la route panoramique avec cascades et vues immenses sur la plaine et les cultures des vergers avec vente de pommes merveilleuses, rencontres de kudus et autres gazelles, de chèvres sauvages et de troupeaux de moutons.
Quand nous rentrons dans la soirée, nous avons l'impression d'avoir pris un bain d'air pur.
MARDI, jour de courses à Rusape.
Après le petit déjeuner en long et en large et le bain au grand air ( 4 serviteurs tenaient des draps autour de la baignoire pour que la " mzungu " ne se sente pas gênée), départ avec la grand-mère qui veut déposer à la banque les deux dollars reçus d'un de ses fils. Elle trouve que je roule très lentement et me donne de petits coups dans le dos pour m'encourager, tout en me dirigeant : right, left, et en me faisant arrêter la voiture à chaque fois qu'elle voit sur la route quelqu'un qu'elle reconnaît ou pense reconnaître.
Nous arrivons devant sa banque, elle descend allègrement, chaussures (que Florence doit lui mettre) à la main et va se mettre dans la queue nous annonçant qu'elle nous attendra à l'arrêt de l'autobus.  Nous achetons, admirons le choix dans les magasins, re-gardons tous ces gens habillés si proprement, faisons encore quelques demandes concernant des pneus ... sans succès.
Grand-mère n' est pas à l'arrêt de l'autobus.  Nous faisons trois fois le tour du bled en demandant à tout le monde s' ils ont vu une vieille dame dans un châle rouge.  Rien.  Sur la route nous trouvons une cousine de Florence, une vielle tante, une amie à celle-ci et à Il kilomètres de la maison la qrand-mère marchant allègrement, chaussures en main.
L'après-midi, visite à la mission où nous rencontrons le vieux sculpteur Job, connu dans le pays, qui n'a plus le temps de faire ce qu'il veut à cause du grand nombre de commandes de partout dans le monde. Il travaille dans ce endroit perdu, dans deux toutes peti-tes pièces avec deux élèves et m'a montré deux têtes de Masaï (pays qu'il a d'ailleurs visité) tout à fait ma-gnifiques. J'ai reçu une assiette en bois de Jacaranda
MERCREDI retour vers Harare.
Nous trouvons devant notre petite voiture d'immenses sacs avec des graines, des racines, des pommes de terre sweet et pas sweets, des œufs, des kilos de goyaves etc, etc.  Florence met plus de 2 heures pour persuader sa mère d'enlever la moitié. Nous avons pris l'autre moitié pour la donner à la tante de Florence à Harare, ne voyant pas comment nous pour-rions passer cela à la douane.
Il nous a ensuite fallu 2 autres heures pour décrasser Jane, manger un deuxième petit déjeuner et faire les adieux.
Fatiguées par ce départ très laborieux, nous trouvons après une heure de route, un petit endroit qui nous paraît sympathique et nous espérons y trouver à boire.  Surprise !  C'est un endroit de luxe dans un jardin plein de roses, lunch servi sur la pelouse ou dans la maison, où on peut admirer tapisseries,  ta-bleaux, confitures maison, tissages, bouquets de fleurs séchées , on pourrait y passer toute la journée rien que pour admirer. Nous comprenons d'ailleurs très vite que c'est ce que les blancs de Harare font : nous assistons à l'arrivée de voitures CD, des Ro-vers, des Mercedes de luxe. Jane très décontractée se promène parmi ce monde qui s'étonne que sa nan-ny noire ne faisait pas plus attention à elle.
Je dépose Florence et Jane chez la tante de Harare avec tous les bagages.  Elle me promet de téléphoner à tous ses amis et connaissances pour mes pneus
Toute la journée de jeudi  recherche de pneus, avec la cousine de Florence comme guide dans Harare, ville immense avec trafic plutôt intense.  RIEN
VENDREDI matin
Je me promène dans le centre ville et lèche les vitri-nes de luxe. Florence, Jane et moi partons voir les lions et autres animaux sauvages dans la parc à quelques kilomètres, et nous buvons un coca en compagnie de la tortue géante de 253 ans.
Retour dans la pluie battante je visite seule le musée de sculptures de pierres si connues. Je suis très mouillée et je vais prendre un bain chaud dans mon hôtel.
SAMEDI
Je trouve enfin l'endroit où on trouve les  tuyaux en plastic et les autres petits trucs à acheter pour le mari et commandés par les amis de Lusaka. Je suis de-vant le magasin à 8 heures pile. Après je vais dépen-ser le reste de mes dollars du Zimbabwe.
Et, en route
Le retour se passe normalement, c'est à dire que finalement le pneu explose à la frontière et que l'équipe sauvage devra faire 200 kilomètres sans pneu de secours.
Un autobus grande ligne Harare-Lusaka est  tout juste arrivé avant nous et il y a une queue énorme.  Les pauvres gens doivent enlever tous leurs bagages de l'autobus, attendre le bon vouloir d'un douanier pour passer le pont long d'un kilomètre à pied avec leurs bagages et repasser la douane zambienne.
Florence, en bonne africaine, aurait attendu patiemment son tour, mais connaissant ma patience et surtout celle de Jane, j'ai attaqué un douanier qui était entrain de ne rien faire, attaque facilitée par l'arrivée de deux voitures avec des suédois de mon école.
Nous avons passé toutes les formalités en un temps record.
Ca c'est le retour d'Annie, une version " pour enfants ". La photo prise à l'arrivée a été refusée par la commission de censure.
Les chiens affamés, n'ayant pas reçu à manger de-puis une semaine, refusant de reconnaître Annie, le personnel en grève car pas payé, le mari introuvable, la cuisine vide avec une semaine de vaisselle à faire, la routine quoi ?

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