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Post Scriptum 40 ans plus tard


Paris le jeudi 18 Février 2010

Quel est le sens d'écrire une page intermédiaire quarante ans après?

Avec l'âge s'amplifie la gratitude envers tous ceux qui m'ont guidé dans la vie et la honte de n'avoir pas remercié.

A quatorze ans on était en troisième, la maison n'avait pas de télé, mais grâce à mes grands parents j'avais ma radio a moi, une vraie radio qui chauffait plus qu'un grille-pain, avec une antenne en fil en rouleau de plus de 5 mètres.

Le couvre feux étant vers 9 heures, il fallait lire les livres sous la couverture et écouter la radio en douce, tout en écoutant les pas dans l'escalier et se préparant à tout faire disparaître en deux secondes;

Le niveau suprême des jeux en ce temps là était le Quitte ou Double sur Radio -Luxembourg. Combien avions nous de candidats à chaque émission?

Ce soir là un petit Abbé se présentait. Zappy Max conduisait le jeu.

Je crois me souvenir que le petit Abbé avait choisit comme matière « questions d'actualité ».

Arrivé vers 250.000 francs (cela devrait être quelque chose comme 50.000 euros      aujourd'hui, il a choisit de s'arrêter et d'empocher le gain; Il accepte de répondre à la question suivante, pour le plaisir, et la question quel était le nom de l'organisme International en charge de l'Agriculture et il savait que c'est la FAO. Il aurait pu gagner le double.

Comme toujours Zappy Max lui demande ce qu'il va faire avec cet argent, et l'Abbé Pierre lui demande la permission d'expliquer ce qu'il fait.

L'Abbé Pierre construit des logements de sauvetages pour ce qu'on n'appelait pas encore les SDF mais les clochards ou les sans-abri.

Il nous raconte l'immense misère de cette population parisienne vivant dans des tuyaux d'égout, des cartons, quelques plaques de ceci et cela. Il faut se souvenir que nous étions au temps de la guerre d'Algérie, que même la police n'osait pas enter dans les bidonvilles qui existaient dans les régions qui devaient devenir les H.L.M., puis après les « zones sensibles ».

Il nous raconte combien de maisons il va pouvoir bâtir avec ses gains et il nous pose cette question:

Et vous qu'allez vous faire?

Dans mon souvenir, comme tous les français, mes parents donnèrent de l'argent, et me demandèrent de contribuer, ce devait être une pièce de 5 francs, (vous-vous souvenez de ces pièces qui s'appelaient encore les pièces de 100 sous, ces pièces en aluminium que nous posions sur les rails du train juste avant qu'il arrive. Pourquoi, je ne me souviens pas.

C'est en ces temps là que mon père m'amena visiter un bidonville vers St Denis. Nous ne pouvions pas y renter, trop dangereux disait la police, mais déjà vu du dehors de la palissade, c'était déjà trop. Même en Afrique je n'ai pas vu pareille misère.



Je devais revoir L'abbé Pierre à Stockholm vers 1958, là où il parlait des compagnons dans une des plus grande Église de Stockholm.

Entre temps j'avais lamentablement échoué dans des études d'odontologie en Suède et forcé de changer de voie, j'ai choisi l'impossible, l'Agriculture comme seul moyen d'approcher de la protection des sols.

Cela aurait pu s'arrêter là, si un jour entrant dans la Chapelle Catholique de Uppsala, une toute petite chapelle, je vois l'Abbé Pierre qui finit de dire sa messe. Nous l'avons raccompagné chez la famille où il habitait et nous avons pris le petit déjeuner avec lui.

Ainsi je me suis retrouvé apprenti ouvrier agricole puis ouvrier agricole, puis apprenti école d'agriculture puis l'Université Agricole qui m'a envoyé tout droit en Afrique.

La protection des sols, je la dois à Louis Bromfield (Malabar).

Ainsi d'avoir écouté sous la couverture le Quitte ou Double à 14 ans devait m'envoyer, 10 ans plus tard en Afrique.

J'étais certain d'une décision, je ne  voulais pas faire du tourisme humanitaire.

Une histoire pas si remarquable, sinon qu'en ces quelques 500 mètres de route a pied avec l'abbé, je me suis rendu compte qu'il ne bavardait pas comme les gens le font par politesse, mais qu'il allait droit sans détour vers mon cœur.

Je devais revoir l'Abbé bien plus tard, vers 1990 à l'Abbaye de Wandrille,   mais ce n'était déjà plus le même homme.